Pour l’amour d’un canapé

Il y a quelques mois en arrière, le « couchsurfing » ne signifiait pas grand-chose pour nous, si ce n’est l’hospitalité d’un toit et la crainte de voir débarquer chez soi des gens bizarres. Nous avons testé le concept aux États-Unis et trouvé le mot pour résumer cette aventure : lengend… wait for it… dary !


Avant de partir, nous avions décidé de démarrer notre voyage en accueillant des gens de passage à Paris. Pour cela, rien de mieux que le site de Couchsurfing. Mais nous n’imaginions pas une minute la force d’un tel réseau : c’est grâce à l’une de nos rencontres que nous nous sommes retrouvés à faire un détour de plus de 1000km aux États-Unis pour aller les voir à San Francisco !

Paris-San Francisco : de l’hébergeur à l’hébergé

Un petit retour dans le temps s’impose pour bien comprendre les événements qui vont suivre. Nous voici fin mai 2013, au moment de notre inscription sur le site de Couchsurfing. Nous avons longuement réfléchi au contenu de notre profil, en se demandant si l’honnêteté n’allait pas nous jouer des tours : « si l’on met qu’on est sympa et qu’on habite en plein centre de Paris, tout le monde va vouloir venir chez nous », s’était dit M. Roucouldoux. « On va truquer quelques trucs par précaution : on n’a qu’à mettre qu’on ne mange que des petits pois et qu’on est agoraphobe. » Après avoir finalement opté pour une inscription dans les règles, nous avons dès le lendemain matin été assaillis de requêtes. Pas moins d’une trentaine en deux jours ! Heureusement, la première était une véritable lettre d’amour et provenait d’un charmant couple américain, de passage à Paris pour 5 jours, qui souhaitait nous rencontrer et avait l’air tout à fait « normal ». Nous acceptons donc d’un commun accord, et attendons avec impatience le jour J. Le matin de leur arrivée, un doute émerge soudain dans l’esprit de Mme R. : « Tu crois qu’il faut planquer les objets de valeur ? On ne sait jamais après tout. » Toutes les craintes de Mme R. quant à un éventuel vol disparaissent au moment même où elle voit arriver par la fenêtre deux personnes qui correspondent aux photos vues sur Internet (un bon point très rassurant). En ouvrant la porte et en découvrant nos invités Nick et Alison, nous avons deux réactions : 1. Ils ont l’air adorable tous les deux ; 2. Comment Nick va-t-il faire dans un appart parisien alors qu’il fait plus de 2 mètres ??? Les cinq jours suivants sont très riches et donnent lieu à beaucoup de moments drôles : où faire déjeuner Alison à Paris sachant qu’elle ne mange pas de gluten ni de produits laitiers ? quelle promenade faire avec eux qui sorte des sentiers battus ? comment leur louer des vélibs quand leur CB est refusée ? Comme nous travaillions en semaine, nos hôtes se sont baladés en toute liberté et nous les retrouvions le soir en général pour dîner avec eux. Nous avons passé de si bons moments en leur compagnie qu’avant leur départ, Nick et Alison nous ont convaincus de venir leur rendre visite dans leur futur appartement à San Francisco.
Six mois plus tard, la situation est inversée. Notre fidèle Tomtom nous dirige dans la banlieue de San Francisco, à Menlo Park, au milieu des résidences cossues et des arbres aux couleurs d’automne. On se croirait dans Desperate Housewifes… Nous finissons par nous garer devant l’adresse indiquée par nos hôtes et attendons dans la rue. C’est un point assez comique dans le système du Couchsurfing : en général, les personnes hébergées ont rarement le téléphone et ne sont pas toujours facilement joignables. La précision des points de rendez-vous est donc déterminante et peut donner lieu à de longues heures d’attente. Nous n’avons pas eu à souffrir de ce côté-là, puisque Alison et Nick sortent fraîchement de la messe et arrivent à point nommé. Nous sommes ravis de les retrouver et à nouveau nous partageons les mêmes réactions qu’à Paris : 1. Ils ont l’air toujours aussi adorable. 2. Comment a-t-on pu oublier que Nick était aussi grand ? À notre tour, nous découvrons avec joie leur nouvel appartement qu’ils occupent depuis seulement quelques mois et ils profitent de l’après-midi ensoleillé pour nous emmener faire un tour sur le campus de Stanford à proximité. Le moment le plus drôle de la journée restera celui du dîner : Nick et Alison nous proposent de nous faire goûter à quelque chose de typiquement américain, ce à quoi nous acquiesçons dans la foulée sans nous douter de ce qui nous attend. Et nous voilà en train de préparer un « breakfast for diner », autrement dit des pancakes à la banane et aux noisettes, du lard grillé et une compote de fruites rouges en guise de dîner ! Pour le coup, nous étions loin de nos habitudes françaises et le dépaysement culinaire fut garanti et définitivement très bon ! Les jours suivants, Nick et Alison retrouvent leur quotidien tandis que nous partons arpenter les rues pentues de San Francisco. Notre séjour se terminera sur le traditionnel dîner cuisiné par l’hébergé. En effet, les couchsurfers ont souvent pour habitude de remercier leurs hôtes en cuisinant un repas et en essayant de faire honneur à leur pays d’origine. Pour cette fois, nous avons parié sur la cuisine des îles et Alison et Nick étaient ravis de pouvoir partager cet ultime moment de convivialité avec nous. Nous espérons vraiment les recroiser un jour.

Los Angeles : la magie de Thanksgiving

Un peu tristes de devoir quitter San Francisco et nos amis, nous nous remettons en route pour rencontrer notre nouvel hôte américain : Martin, un homme extrêmement ouvert, et qui semble avoir le cœur sur la main (du moins, c’est ce qu’il en ressort, à la lecture de son profil). Direction Los Angeles et nous voici partis pour 10 bonnes heures de route, dont 3 passées dans les traditionnels embouteillages à l’entrée de LA (soit à 100km du centre tout de même). Eh oui, le couchsurfing se mérite ! Nous arrivons fourbus à l’adresse indiquée, mais le sourire et la bonhomie incroyable de notre hôte nous font oublier le trajet. Nous avons eu l’impression de pénétrer en un instant dans la maison d’Uncle Ben’s (version jeune), tant elle était remplie de bonnes odeurs, que notre hôte ressemblait au personnage et que la musique y régnait en maître. Nous découvrons alors tout au long de la soirée les autres invités et la maison prend des airs d’auberge espagnole : Oliver un jeune américain de 25 ans qui voyage depuis 7 ans dans le monde entier, Davide et Lenka, un couple italo-tchèque de passage en Californie, et Marie et Nicolas, deux Français vivant depuis 5 ans dans l’Arkansas. Tout ce beau petit monde est en effet convié pour l’événement de la semaine : Thanksgiving. Aux États-Unis, il s’agit d’une institution (c’est d’ailleurs un jour férié) et cette fête marque le début de la période de l’Avent. Nous questionnons donc Martin et Oliver sur l’origine de cette célébration qui n’existe pas en Europe et les explications vont bon train. Normalement, dans l’Histoire, les migrants européens, lors de leur arrivée en Amérique, ont eu beaucoup de difficultés à s’implanter. Ils ont eu la chance d’être aidés par les Indiens natifs, qui leur ont entre autres appris à cultiver la terre locale. Après un an de dur labeur, les Européens ont organisé un grand repas où les Indiens étaient conviés pour les remercier et à l’occasion, ont cuisiné une énorme dinde. La suite de l’Histoire est moins glorieuse puisque les Américains ont grosso modo liquidé les natifs… mais l’idée d’une journée de partage et de remerciements reste plutôt belle. Et c’est ce qu’en ont retenu les Américains. Et Martin a donc décidé depuis plusieurs années d’accueillir tout couchsurfer de passage pour l’occasion et de faire un repas gargantuesque. Ne faisant pas les choses à la légère, il a cuisiné depuis une semaine et nous prévient qu’il devra se lever à 5h le lendemain pour mettre la dinde au four !
Le jour suivant, nous en profitons, sur les conseils de Martin qui ne veut personne dans sa cuisine, pour aller faire un tour à Hollywood Boulevard et Venice Beach, histoire de dire qu’on a un peu visité LA. Mais le principal n’est pas là : il nous attend à Long Beach, chez Martin. Nous revenons donc suffisamment tôt pour nous mettre sur notre 31 (enfin, on fait avec les moyens du bord), et à 15h pétantes, notre hôte lance les hostilités. Les différents mets sont dressés sur la table, tant et si bien qu’on ne sait plus où les mettre : il y a tout simplement une dizaine de plats différents et la traditionnelle dinde pèse 10 kilos !!! Nous n’aurons jamais dîné aussi tôt et mangé un aussi bon repas de Thanksgiving. Bien sûr, avant de déguster tous les plats, nous ne manquons pas de porter un toast et de faire un tour de table des vœux de remerciements de l’assemblée. La maison ne cesse de se remplir et tout le monde se serre la main : les amis de Martin défilent, un peu comme le lendemain de Noël, pour dire « Happy Thanksgiving », manger un bout de gâteau, faire une partie de scrabble ou tout simplement un brin de causette. La soirée continuera jusqu’à fort tard dans la nuit, mais en sages Roucouldoux que nous sommes, nous avons préféré éteindre les lumières à une heure raisonnable (12 bières moins le quart) pour ne pas rater notre avion le lendemain matin. L’Asie n’attend pas !

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