Les temples d’Angkor

Qui ne passe pas au Cambodge sans s’arrêter à Siem Reap pour aller visiter les fameux temples d’Angkor ? Symbole national du pays, merveille d’architecture, site aux dimensions gigantesques, cette ancienne cité en ruines n’a pas laissé indifférents les Roucouldoux…


Angkor signifie la « ville » et ce berceau de l’empire khmer n’a jamais aussi bien porté son nom. Imaginez plus de 400 km2 de temples en ruines, de fondations de bâtiments, de réseaux hydrauliques perdus au milieu de la jungle. Vous êtes encore loin de la réalité car si l’on peut voir les principaux sites percer la végétation, beaucoup sont encore cachés sous terre, la jungle ayant repris ses droits depuis l’abandon de la ville au XVe siècle. Il nous fallait donc un vrai plan de bataille pour profiter des lieux sans trop disperser nos forces. Voici nos quelques conseils pour profiter de la beauté des sites.

Voir et revoir les temples

Première question à se poser : combien de temps passer sur les sites et du coup quel billet acheter ?

En moyenne, tous les guides de voyage vous diront qu’il faut au moins 3 jours pour visiter Angkor, et ils ont bien raison. Faire les sites principaux en un seul jour serait suicidaire et vous risqueriez de détester tout simplement les ruines à la fin de la journée. Pour vous donner un rapide aperçu, nous avons rebaptisé les billets selon les catégories de gens auxquelles ils s’adressaient :

  • le billet 1 jour (20$) ou « billet china express »
  • le billet 3 jours (40$) ou « billet standard/routard »
  • le billet 7 jours (60$) ou « billet Indiana Jones »

Pas besoin de passer par une agence pour vous octroyer ce sésame, il suffit de se rendre à l’entrée du site d’Angkor où ont lieu les points de contrôle, ouverts dès 5h du matin (voire plus tôt mais nous n’avons pas été vérifier). Tout est prévu pour que vous reveniez quand vous le souhaitez, puisque les billets à multiples entrées n’ont pas besoin d’être utilisés de façon consécutive. Nous avons donc opté pour le billet de 3 jours et l’avons « rentabilisé » sur la semaine. Nous avons d’ailleurs surpris un couple de Chinois qui nous suivait en vélo (première aventure sino-française sur la série qui aura lieu pendant nos visites). Nous arrêtant à Angkor Wat, le temple le plus célèbre, pour prendre une photo puis repartir, la jeune femme chinoise qui venait de garer son vélo à côté de nous s’alarme de nous voir faire demi-tour aussi vite. Nous lui expliquons que nous avons un pass sur 3 jours (elle a celui pour la journée) et que nous nous réservons la visite d’Angkor Wat pour plus tard… La voici rassurée ! Prendre le temps de voir les temples permet aussi de les revoir sous un autre angle, une nouvelle lumière le lendemain. Les lieux prennent alors une autre dimension et vous apparaissent encore plus beaux que la fois précédente, car votre œil s’est habitué à observer les détails des sculptures, scruter la forme des tours, repérer les recoins plus isolés.

Choisir son circuit

Nous avons beau aimer les ruines, il faut reconnaître qu’à la fin de la journée passée à crapahuter au soleil au milieu des cailloux, le seuil de saturation peut se faire sentir. Et ce constat vaut tout particulièrement pour Angkor, compte tenu de son grand nombre de sites à visiter et de la taille (souvent conséquente) de chaque temple. Pour éviter des remarques du style « oh, encore un temple-montagne… ils manquent d’originalité ces Khmers », ou « j’en ai assez de voir des apsaras » (ces célèbres danseuses qu’on retrouve sur tous les bas-reliefs… il y en a plus de 3000 à Angkor Wat), ou pire « un dernier temple avant de partir ? Va crever ! », nous avons préféré en faire moins pour faire mieux. Pas plus de 5 sites à visiter par jour et toujours commencer par le moins impressionnant pour finir sur le clou du spectacle. L’avantage du site d’Angkor est qu’il propose grosso modo deux circuits permettant de voir l’essentiel des sites : la petite boucle qui se concentre sur les principaux sites (les plus impressionnants), et la grande boucle qui permet d’avoir un bon aperçu des sites périphériques.

En ce qui nous concerne, nous avons établi l’itinéraire suivant et le recommandons vivement :

  • 1er jour : la grande boucle pour se mettre dans l’ambiance et repérer les lieux ;
  • 2e jour : faire les sites vraiment très éloignés d’Angkor (en dehors des boucles) et les bassins ;
  • 3e jour : la petite boucle pour finir en beauté.

Vélo ou Tuk tuk ?

Dès Siem Reap, vous croiserez forcément des chauffeurs de tuk tuk proposant de vous emmener visiter les temples. Mais reste à savoir comment vous souhaitez vous rendre sur les lieux et visiter l’endroit. L’option du vélo restant la plus économique et finalement la plus agréable pour explorer les temples à une allure modérée, nous avons préféré enchaîner les kilomètres sur une selle mais cela demande un peu d’effort. D’abord, le cycliste allant à Angkor a intérêt à être motivé, car il va falloir se lever tôt, voire très tôt, pour profiter de la fraîcheur matinale et ne pas faire le trajet sous un soleil de plomb. Ensuite, mieux vaut aimer pédaler car le trajet n’est pas des plus courts : 7 km entre Siem Reap et l’entrée d’Angkor (soit 14 km aller-retour) pour bien démarrer la journée, puis 30 km sur la grande boucle et 17 km pour la petite. Heureusement le parcours est plat, plutôt ombragé et le chemin très simple car c’est presque toujours tout droit. Alors il faut admettre que nos vélos n’étaient plus tout jeunes (loués à 1$ à l’hôtel), et nous avons eu bien mal au c… en rentrant mais le jeu en valait la chandelle. Il y a avait un côté « promenade du dimanche » à se balader lentement de temple en temple et c’était amusant de se faire dépasser par les tuk tuk et les minibus pressés pour se retrouver un peu plus loin tout seuls sur le chemin. Les Cambodgiens vivant dans la région sauront souvent vous gratifier de leur plus beau sourire, si vous leur dites bonjour en route.

Ceci dit, nous avons également eu recours au tuk tuk pour notre 2e jour de visite car nous avions projeté de voir un temple très excentré des sites principaux (37 km au nord du temple le plus loin) et où le trajet en vélo nous aurait totalement démotivés. Mais qui dit tuk tuk dit négociation si vous voulez vous en sortir à un prix raisonnable. Cette partie fut réservée à M. Roucouldoux, qui mit à profit ses talents d’épicier et son acharnement pour réussir à obtenir notre course à bas prix.

Ménager sa monture

Quel que soit le mode de transport que vous choisissiez, nous vous conseillons de vous octroyer des pauses régulières tout au long de la journée, la chaleur grimpant de plus en plus. Mine de rien, on se dépense beaucoup à piétiner sur les sites pour observer les fresques murales, grimper les marches inégales des temples pour avoir la meilleure vue et prendre la pose en plein soleil « parce que la lumière est meilleure ». Nous avons donc trouvé différentes techniques pour faire la sieste incognito, car n’allez pas imaginer pouvoir revenir à votre guesthouse au milieu de la journée…

  • La banquette du tuk tuk : si vous avez eu la bonne idée de vous lever très tôt (pour voir un lever de soleil par exemple) et que vous prévoyez ensuite de reprendre le tuk tuk pendant une bonne demi-heure, mettez à profit ce moyen de locomotion pour terminer votre nuit. Certes, les soubresauts dus aux cratères sur la route (on ne parle plus de nids de poule à ce stade) risqueront de perturber votre sommeil, mais le corps s’habitue aux conditions les plus rudes… Si vous ne le faites pas, votre chauffeur le fera pour vous en vous attendant entre 2 visites dans son hamac installé au-dessus de la banquette (eh oui, lui est mieux équipé).
  • Les marches cachées des temples : après le déjeuner et quelques kilomètres en vélo, la sieste n’est pas de refus. Nous sommes devenus experts en « cachettes à roupillon » à force de parcourir les temples. Il suffit de trouver une allée peu fréquentée, avec quelques gradins en contrebas et un coin d’ombre. Le tour est joué ! Bon, on n’a pas dit que c’était confortable mais franchement, on n’a jamais été dérangé.

Avec ou sans la foule

En tant que plus grand ensemble religieux du monde, Angkor attire forcément beaucoup de touristes. Même si le site est immense, vous resterez impressionnés par la quantité de visiteurs, avec des nationalités plus représentées que d’autres. Les Chinois (et les Coréens) sont devenus les Japonais d’il y a 20 ans. Même si nous aimons beaucoup ce peuple, nous avons dû faire preuve de beaucoup de patience pour les supporter car ils n’ont aucun respect pour les autres. Ne pouvant faire sans (la force du plus grand nombre gagne toujours), nous avons décidé de les enquiquiner gentiment, chacun à notre manière. Mme R. a développé la « technique de la main agile » dont elle vous dévoile les secrets : repérez une mamie chinoise (a priori moins robuste que son mari, quoique…) qui vous a déjà coupé la route plusieurs fois alors que vous tentiez de prendre une photo (il faut qu’il y ait préméditation et une juste raison pour se venger). Placez-vous discrètement à côté d’elle au moment où elle va à son tour mitrailler son mari, et passez votre main en faisant un grand mouvement de bras devant l’appareil. La mamie est quand même restée un peu surprise avant de se déplacer et de recommencer. M. R. quant à lui a opté pour la « technique du clonage de l’ombre » sur la photo des autres. Une fois la proie localisée (là aussi, il faut un motif valable), monsieur s’arrange pour suivre la personne qui se fait prendre en photo et être dans le champ de vision pendant 5 ou 6 clichés d’affilée. Alors bien sûr, ce ne sera qu’au retour en visionnant les photos que le couple se dira « mais qui est ce c… en rouge sur toutes nos photos ? » mais bon, si l’on comptait le nombre de photos que nous avons dû reprendre ou supprimer pour essayer d’en avoir sans personne… Nous avons finalement décidé d’arrêter la stratégie offensive et de même inclure les autres touristes dans le décor, tant les poses prises par certains en devenaient comiques.

En bref, le meilleur conseil (le plus sérieux du moins) que nous pourrions vous donner pour visiter les sites populaires sans trop de monde serait de prévoir votre parcours en sens inverse de la foule. Vous éviterez ainsi pendant les premières heures l’affluence !

Chercher la lumière

Visiter les temples est déjà une belle expérience en soi, mais si vous voulez réellement voir les pierres s’animer des différentes couleurs du jour, mieux vaut bien choisir votre moment et vous préparer en conséquence. Les meilleures heures de la journée restent l’aube jusqu’à 10h et la fin de journée à partir de 16h (assez pratique car cela correspond aux moments supportables pour ne pas souffrir de la chaleur sur les sites). Ne pouvant pas, même en 3 jours, voir tous les sites aux heures propices, nous avons donc choisi les temples qui « valaient » plus le coup pour un moment précis. Les guides de voyage (au passage amplement suffisants pour faire la visite des sites, et que vous pouvez d’ailleurs acheter sur place) vous aideront à faire votre choix et nous ne regrettons pas du tout ce fonctionnement car cela nous a permis d’avoir de très beaux souvenirs.

  • Le lever de soleil sur Angkor Wat : plusieurs endroits, tels que le temple de Bayon, Ta Prohm (le temple de Tomb Raider) ou le bassin de Sra Srang, sont particulièrement spectaculaires à l’aube. Personnellement, nous avons préféré rester sur le site le plus connu, à savoir Angkor Wat. Départ donc à 5h du matin avec le tuk tuk réservé la veille (histoire de ne pas pédaler à la petzel dès 4h…) pour se rendre sur les lieux. Et là, nous sommes restés bouche bée devant le monde déjà présent et qui continuait d’arriver. Un bon millier de personnes avait eu la même idée que nous, ce qui énervait particulièrement M. R., ne cessant de répéter « mais, pourquoi ils ne dorment pas tous ces gens, ils ne sont pas en vacances ?! ». Ceci dit, nous avons réussi à nous trouver une petite place sur les marches d’une des bibliothèques attenantes offrant un superbe point de vue sur le temple principal. Il ne restait plus qu’à laisser la magie opérer pendant l’heure suivante : les dômes des 5 tours majestueuses se sont éclairés au fur et à mesure, les étoiles disparaissant et laissant place à un ciel rosé (et dégagé, ouf !). Un spectacle magique à couper le souffle. Et cerise sur le gâteau : le tout avec un café chaud, apporté par un vendeur ambulant ! Mais ce moment aurait perdu de sa saveur s’il n’y avait pas eu un nouvel épisode sino-français. Quelques temps après notre arrivée, un groupe de 3 mamies (encore !) s’est installé à côté de nous sur les marches. Mme R., encore un peu enrhumée, a la mauvaise idée de tousser (en mettant sa main devant). Les 3 mamies la fustigent du regard (ben oui, elle n’avait pas de masque pour éviter toute contamination bactériologique) et l’une d’elles lui demande l’air inquiet « are you OK ? ». Une fois l’aube levée, nous décidons de partir vers un autre site. Et là rebelote, une des mamies nous interpelle, complètement incrédule : « but why are you leaving ??? » Nous leur expliquons que nous voulons juste prendre une photo avec un autre point de vue… Si nous avions dit que nous quittions les lieux pour éviter l’affluence, l’incompréhension aurait été trop forte.
  • Les premières heures à Banteay Srei : après une heure de tuk tuk à finir congelés et la goutte au nez (à 6h du matin, même en contrée tropicale, il fait encore frais sur la route), nous arrivons sur l’un des sites les plus éloignés de la zone. Banteay Srei, aussi appelé le « temple des femmes », est réputé pour la finesse de ses sculptures qui n’ont rien à envier aux bas-reliefs d’Angkor Wat. À notre grande surprise, le parking du site est vide, ce qui nous change de celui d’Angkor Wat que nous avons quitté un peu plus tôt (bondé de tuk tuk et de bus). Nous découvrons alors un à un les portiques extérieurs du temple, où les décors semblent avoir été sculptés la veille tant la précision des détails est impressionnante. Mais le plus beau nous attend quelques mètres plus loin : dans l’enceinte du tout petit temple, baigné d’une lumière douce, les murs de grès rose des bibliothèques semblent prendre vie sous nos yeux. Des sculptures de Vishnu et d’apsaras d’une beauté incroyable prennent des poses délicates, et chaque recoin du temple apparaît différent du précédent. Nous resterons un moment à faire et refaire le tour de l’enceinte, tant nous sommes fascinés par la perfection du lieu. Au moment du départ arrivent nos amis les Chinois, par cars entiers et dans un brouhaha sonore qui contraste avec la sérénité de l’endroit. Nous leur laissons le temple avec grand plaisir et filons vers notre prochaine destination !




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