À bord du Dodo

Charmant T2 20m², meublé avec moquette et boiseries de goût, coin cuisine équipé, SDB avec douche, lave-linge, 2 lits, nombreux rangements, cave, parking (moto). 6 roues, moteur à propulsion. À voir en ce moment en Patagonie.

9,35 mètres de long, 2,5 mètres de large, 3,75 mètres de haut, et 8,8 tonnes : ce sont les dimensions peu communes du Dodo. C’est à bord de cet imposant camping-car que nous avons partagé le quotidien de la famille de M. Roucouldoux. 4 semaines à 5 (papa, maman, Juju le petit frère de 11 ans et nous) à traverser l’Argentine pour atteindre la Terre de feu, quelque 4 500 kms plus au sud.

Un « appartement » de 20m²

Dodo’s Run (en mémoire de l’oiseau réunionnais), c’est la nouvelle vie qu’ont décidé d’entreprendre la famille de M. Roucouldoux. Une vie pleine d’aventures et de rencontres sur les routes à la découverte de l’Amérique (d’Ushuaia à Montréal). Le tout à bord du Dodo, leur maison sur roues. Disons plutôt un appartement, compte tenu de sa taille, mais avec tout le confort dont rêverait n’importe quel backpacker. Entièrement équipé et customisé à la perfection avant le grand départ, le Dodo est à la fois un camion, un logis et un garage puisqu’il possède d’autres véhicules à 2 roues dans ses soutes, en plus de nombreuses autres ressources cachées.
Si le camping-car fait des envieux sur la route, à en juger le nombre d’encouragements et de regards ébahis par la taille de l’engin, sachez qu’à l’intérieur, il en va tout autrement. Nous avons pu partager la vie dans le Dodo pendant 5 semaines, et finalement tenir à 5 dans 20m² (un grand espace pour un camping-car) demande un minimum d’organisation. D’abord la répartition des lits, puisqu’il n’y a que 2 lits… Eh bien, le petit Juju a souvent fini dans le lit des parents (la nuit, les steppes argentines peuvent être tout à fait glaciales) au lieu d’une place sur la banquette du salon. Oui on l’avoue, on lui a piqué son lit. Viennent ensuite les affaires dans les placards : chaque chose doit être impérativement rangée et bloquée, sous peine de valser au premier virage. Heureusement, le système de fermeture des placards est digne d’un Airbus A 380. Sans parler des repas dans le mini-salon, de la vaisselle et des douches. Chacun doit y mettre du sien pour ne pas trop empiéter sur son voisin, faire attention à être ordonné (pas évident pour Mme Roucouldoux, la reine du désordre, mais pour une fois, elle a pu plier tous ses vêtements et les mettre à plat dans un placard… ça change des boudins du sac à dos), et garder un peu d’intimité (compliqué pour les toilettes si vous êtes constipé).

La vie en autonomie

Nous parlions justement des douches… L’eau par exemple est un souci majeur quand on vit en camping-car, qui plus est lorsqu’on est 5 et que l’on épuise plus vite les réserves. La quête permanente du camping-cariste est l’autonomie, tant en eau, qu’en gaz ou en électricité. Si l’un des trois vient à manquer, il est alors difficile de rouler sereinement et de garder un niveau de confort correct.
La problématique en Argentine est d’ailleurs de remplir la fameuse cuve GPL, qui permettrait de faire fonctionner frigo, four, plaques de cuisine, chauffage et d’avoir de l’eau chaude, sans devoir bricoler un adaptateur pour remplir les bouteilles de gaz locales (qui dégagent d’ailleurs une odeur infecte quand le butane brûle mal et empêchent le frigo de fonctionner). La vie à bord du Dodo est donc rythmée par les arrêts sur les aires de camping (avec plus ou moins de services) et le camping sauvage. Dans le premier cas, on a le droit de prendre une douche un peu plus longue et se laver les cheveux, d’allumer les lumières comme à Versailles, et, luxe suprême, de faire marcher le grille-pain au petit-déjeuner. Dans le second, c’est toilette de chat, repas dans une ambiance tamisée et le café seulement quand le moteur tourne. On finit par s’habituer et acquérir des réflexes en matière d’économie, ce qui est bien pour la Planète (mais que l’on perdra sans doute aussitôt qu’on ne sera plus soumis à cette contrainte : chassez le naturel…).

La gestion des « eaux »

Il est une équation à laquelle nous n’avions jamais pensé jusqu’au jour où nous y avons été confrontés : que faire quand les cuves d’eaux sales sont remplies à 100 % ? Le père de M. Roucouldoux nous a alors initié au triptyque eau claire / eau grise / eau noire. Comprenez eau propre / eau usée (lave-vaisselle ou lave-linge) / égout (les toilettes). Il importe tout autant de s’approvisionner en eau que de la vider quand elle est souillée, sous peine d’avoir une avarie dans le camping-car et de tout simplement voir refluer des choses… Heureusement, le système de nettoyage des cuves est plutôt sophistiqué et mis à part l’étape délicate d’ouverture des vannes (surtout que le vent souffle immanquablement du mauvais côté), la vidange est relativement simple (à condition d’être dans le bon sens de la pente pour que les eaux coulent bien) et le rinçage de celles-ci s’effectue dans un ordre assez logique (du plus foncé au plus clair). Mais la question reste de savoir où « flusher ». Les aires de camping en Argentine ne sont par exemple pas du tout adaptées pour cela : nous avons par conséquent plutôt eu recours à la technique du flush « sauvage », autrement dit en pleine nature, dans un endroit discret et sans risque de pollution (on vous rassure : les wc ont un broyeur). Vive la pampa et ses millions de km², on passe incognito !

Une journée type

En dehors des tâches logistiques de maintenance du véhicule, les journées dans le Dodo sont bien remplies. Il y a bien sûr les discussions sur le meilleur itinéraire à prendre puis les kilomètres à parcourir (et Dieu sait combien ils sont nombreux sur notre trajet jusqu’à Ushuaia).
On voit alors la route défiler ainsi que ses paysages varier. C’est le moment préféré de Mme Roucouldoux, car elle en profite souvent pour piquer un somme, discrètement, à l’arrière (cela a des avantages de ne pas avoir son permis) pendant que ces messieurs conduisent. Mais c’est toujours un répit de courte durée car une autre tâche lui revient : faire cours de français à Juju. Ahhh la classe à la maison grâce au Cned : tout un poème ! Quand on n’entend pas le malheureux enfant se plaindre qu’il n’a pas pu finir sa partie de jeu vidéo, ce sont les adultes professeurs qui râlent que les questions et les séances soient si dures et si longues. Mais cela a le mérite de tous nous occuper un peu, car chacun a sa spécialité. Heureusement pour tout le monde, il y a aussi la récré, symbolisée par la pause café/thé et les petites douceurs qui les accompagnent. Sans parler de l’instant popote, où l’on tente de réveiller les papilles dans un espace microscopique pour cuisiner. Mais ne nous plaignons pas : il y a tout ce qu’il faut pour faire de bons petits plats (pas toujours évident quand le terrain est en pente et que l’huile rissole seulement dans la moitié de la poêle), et personne ne s’est plaint de la cuisine depuis l’arrivée des Roucouldoux… Enfin le plus important reste de trouver un spot pour dormir. Quand on arrive à la fin d’une étape, deux cas de figure sont possibles : soit nous avons réussi à trouver un camping avec un bon rapport-qualité prix, soit nous avons opté pour camper au milieu de nulle part, mais avec une vue sympa pour compenser. Ce sont en général nos moments préférés : même si nous sommes coupés de tout (pas de Wifi au grand désespoir de Juju), nous avons l’espace qui nous entoure pour nous tous seuls.

Les conseils du bon camping-cariste

Après ces quelques semaines d’initiation à la vie en camping-car, nous avons décidé de partager avec vous nos expériences et précieux conseils.

  • Vérifiez toujours la checklist avant tout départ. Cela ressemble fortement au décollage d’un avion, sauf que le « PNC aux portes » est remplacé par « porte du frigo verrouillée », etc. Mais c’est un moment crucial, qui conditionne tout le reste du trajet. Il serait en effet dommage de vous retrouver assommé durant le trajet par votre ordinateur (l’histoire ne dit pas qui souffrira le plus), parce que vous avez malencontreusement oublié de fermer le placard qui le contenait.
  • Multipliez les GPS ainsi que les avis lorsque vous prévoyez de vous rendre à une destination précise. En effet, il est souvent arrivé que les 2 GPS que nous avions à bord se contredisent (pas très pratique à un carrefour). Reste alors la possibilité de demander son chemin à un passant. Mais cette fois, assurez-vous de maîtriser la langue du pays. On sait la plupart du temps poser la question. Quant à comprendre la réponse (surtout avec l’accent argentin), c’est une autre paire de manches.
  • Ne tentez jamais d’ouvrir un lanterneau par un vent force 30. Cette mésaventure est arrivée à M. Roucouldoux, qui avait « un peu chaud » en lisant dans la capucine. Résultat, il n’a pas fallu moins de 2 minutes pour voir la vitre arrachée, et il nous a fallu bien 2 heures pour tenter de la reconstituer et surtout d’aller la refixer sur le toit, en pleine tempête. On prie pour que les rouleaux de scotch utilisés à cet effet résistent le plus longtemps possible (bref, d’ici à l’envoi d’une pièce de rechange).
  • Méfiez-vous des arbres quand vous roulez en ville. Soit vous ne les voyez pas, soit vous avez oublié les dimensions du véhicule. Or, les arbres ont des branches toutes tordues qui peuvent faire de beaux trous dans la carrosserie. Là aussi, une petite manœuvre pour se garer a été un peu trop courte, et le Dodo a désormais un beau pansement sur la capucine.
  • N’oubliez pas d’emporter un niveau à bulle dans vos effets personnels. Cet outil, indispensable à la vie du camping-car, permet d’éviter de se retrouver avec des portes qui s’ouvrent toutes seules et des verres qui ne tiennent pas debout. Alors oui, on l’avoue, 4 semaines n’auront pas été de trop à Mme Roucouldoux pour comprendre comment lire le niveau et ne plus dire « il faut faire aller la bulle à gauche », mais plutôt « il faut baisser l’arrière du véhicule ». 

En définitive, le voyage à bord du Dodo, à condition de respecter quelques règles, est très agréable en comparaison du voyage en backpacker. Pas besoin de faire et défaire son sac tous les jours, de chercher un resto et un hébergement tous les soirs. Et la sensation de liberté absolue tout en étant chez soi n’importe où est incomparable. Nous nous souviendrons toujours de cette nuit dans la Meseta de la muerte, où nous étions là à siroter une tisane maison au milieu du désert sous les étoiles, avec pour seul bruit le souffle du vent. Mais nous n’en oublions pas pour autant nos sacs à dos, qui nous attendent sagement dans la soute : ce périple n’est qu’une halte confortable, et la « dure » vie de backpacker nous rappellera bientôt.



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