Buenos Aires ou le retour en « Europe »

Ahhhh, l’arrivée à Buenos Aires. Nous nous imaginions déjà déguster le bœuf argentin et danser le tango dans une milonga l’après-midi… Eh bien, ce n’est pas la première image que nous avons retenue car nous sommes arrivés dans une ville déserte, avec en comité d’accueil le froid et la pluie…

Buenos Aires faisait partie des villes mythiques inscrites sur notre itinéraire. Nous l’attendions avec impatience et elle ne nous a pas déçus, même si le premier contact fut un peu maussade, compte tenu du mauvais temps. Après avoir retrouvé la famille de M. Roucouldoux avec qui nous allons descendre jusqu’en Terre de feu, nous avons passé 5 jours à user nos baskets sur les trottoirs de cette immense métropole, aux faux airs de capitale européenne.

Quand on arrive en ville

Voilà bientôt 2 mois que nous avons quitté Paris et notre petit nid douillet. Nous nous étions habitués aux chambres au confort sommaire (pauvres petits), aux menus gargantuesques pour trois fois rien, aux villes dont les immeubles ne dépassaient pas un étage ou n’étaient jamais finis, à l’absence de supermarchés pour faire nos courses, aux grands espaces plus remplis de lamas que d’habitants… Bref, nous avions pris goût à la vie andine telle qu’un backpacker peut la vivre au Pérou et en Bolivie. Le choc fut rude en débarquant à Buenos Aires : une fois arrivés sur l’artère principale, nous nous serions crus en plein cœur de Paris, un jour de soldes aux grands magasins. La foule, le bruit, les commerces, nous ne savions plus où donner de la tête ! « Tiens, regarde, y’a même un Etam ! » dit Mme Roucouldoux se voyant déjà faire du shopping (ayant oublié que la petite tenue habillée ne faisait pas partie des vêtements de tour du monde), pendant que M. R. espérait croiser un magasin photo au coin de la rue (juste par curiosité). Les réjouissances furent de courte durée lorsque nous comprîmes que notre porte-monnaie allait également en prendre un coup : tous les prix des plats au restaurant avaient miraculeusement triplé, et pour nous qui venions d’un pays plutôt bon marché, tout nous semblait hors de prix. Il nous fallut quelques jours pour nous réhabituer au coût de la vie d’un pays « riche », sans nous sentir en permanence arnaqués. En effet, nous sommes naïvement partis avec un guide Lonely Planet datant de 2010. Or, compte tenu de l’inflation galopante dans le pays, les prix indiqués ont tous été multipliés par 2 voire 4, d’où une certaine méfiance à notre arrivée et l’impression que le coût de la vie, en comparaison à la Bolivie, est bien plus élevé.

Solution anticrise façon porténienne

On nous avait prévenu qu’il était aisé en Argentine de changer de l’argent au marché noir, pour bénéficier d’un taux de change avantageux. La rumeur s’est avérée ô combien fondée car le taux de change officiel d’un euro était situé à 7,5 pesos argentins, quand nous pouvions en obtenir 11 officieusement (ce qui augmente votre pouvoir d’achat de 47%… non négligeable) ! Mais nous étions loin d’imaginer l’industrie mafieuse qui s’était développée en parallèle aux bureaux de change traditionnels. À tel point que l’on se demande encore qui va réellement dans un bureau ayant pignon sur rue (hormis les touristes froussards), tant les rabatteurs au noir sont légion dans les rues commerçantes. Mais méfiez-vous : si vous choisissez cette option, ce sera à vos risques et périls. Le rabatteur est habillé comme n’importe quel quidam et il n’y a au départ aucun moyen de le différencier de vous et moi, si ce n’est son air louche et son fameux « cambio, cambio, cambio » qu’il crie toujours plus fort que son voisin (bon, on reconnaît que ça aide à le trouver). Nous jetâmes notre dévolu sur celui qui nous paraissait le plus honnête, et il nous fit signe de le suivre au fond d’une galerie couverte, pour ensuite entrer dans un immeuble glauque, prendre l’ascenseur et monter au 2e étage. Par précaution, nous fîmes deux équipes pour essayer de sauver la mise au cas où : les parents de M. R. et lui-même avec les sous d’un côté, Mme R. et le petit frère de 11 ans de l’autre (un peu déséquilibré, on l’avoue). Une fois sur les lieux, nous nous attendions tous à être braqués, et devoir redescendre tous nus… mais non. Un homme confortablement installé derrière son bureau nous demanda combien nous voulions changer, et en deux temps trois mouvements, l’affaire était dans le sac. Au passage, il nous expliqua même poliment comment reconnaître les vrais billets des faux en circulation (l’histoire ne dit pas s’il ne nous en a pas subrepticement refilés dans nos liasses). Et deux minutes plus tard, nous étions de nouveau au grand jour, plus riches que Crésus (en Argentine, vous n’aurez jamais de billets de plus de 50 ou 100 pesos. Faites le calcul quand vous demandez à changer 200 euros… On se croirait au Monopoly).

El Caminito de la muerte

Buenos Aires, pour ce que nous en avons vu, est une ville très diverse et cosmopolite. Quartiers d’affaires vers les quais, grandes rues commerçantes dans le centre, boutiques d’antiquaires ou de tissus à San Telmo, il y en a pour tous les goûts. Mais notre coup de cœur fut le quartier de la Boca, plus excentré et haut en couleur. Néanmoins, il nous a fallu une bonne dose d’acharnement pour nous y rendre, car aucun métro ne dessert cette zone de la ville. Nous étions d’abord partis pour prendre le bus local, mais en vain. En effet, il fallait impérativement de la monnaie pour mettre les pièces dans une machine distribuant les tickets (un système antédiluvien dont on ne comprend toujours pas bien le fonctionnement), sachant que ni le chauffeur, ni le personnel du métro, ni les commerçants dans la rue, ni la banque ne voulaient nous faire du change. Après une demi-heure infructueuse à essuyer les refus, nous optâmes à regret pour le bus touristique de Buenos Aires, qui passait aussi par là. Cette fois, ce furent la queue devant le guichet et les prix vraiment exorbitants qui nous dissuadèrent. Finalement, nous réussîmes à soudoyer un taxi pour monter à 5 et arriver enfin dans le quartier. Nos efforts furent cependant récompensés par la magie du lieu. Le « Caminito » doit particulièrement sa beauté à ses maisons bariolées, ses enseignes traditionnelles, ses graffitis et ses danseurs de tango racoleurs devant les restaurants. Une sorte de petit Montmartre, très touristique, mais dont le charme vous transporte. Si bien qu’on en oubliait la dangerosité du lieu, autre aspect pour lequel la Boca est malheureusement célèbre. Nous fûmes rappelés à l’ordre par le chauffeur de taxi, un papi inquiet de nous voir déambuler appareil photo à la main, et pour finir une patrouille de policiers. Sans compter un magnifique mur tagué invitant à ne pas prêter attention à la violence sexuelle, au crime et autres joyeusetés qui avaient lieu dans le coin… Bref, nous avons fini la balade sans trop traîner et en rasant un peu les murs, mais contents d’être venus jusqu’ici.

Tango basket

Quand on pense au tango, on voit des tenues de soirées, des chaussures à talons, des pas de jambes élégants, des regards sensuels. « Buenos Aires respire le tango » nous laissait entendre le guide. Eh bien, nous n’avons pas forcément réussi à le sentir autant qu’on l’aurait voulu. Le jour de notre arrivée se tenait normalement une milonga dominicale en plein air, mais vu la pluie et le froid mordant, nous sommes restés tranquillement à l’hôtel. Nous avons ensuite cherché à prendre un cours ou assister à un show de tango, mais là encore, les prix et le côté très touristique du dîner spectacle nous ont refroidis. À défaut, nous avons emmené la mère de M. R. acheter des chaussures de tango (pour dire de quand même être passé dans LA ville du tango), versé une petite larme sur la tombe du chanteur Carlos Gardel, admiré les passes des danseurs de tango au pied des terrasses et, cerise sur le gâteau, appris les 8 pas de base (aussitôt oubliés) dans un restaurant. Mais attention, qui dit backpacker dit toujours habillé des mêmes vêtements de randonnée et surtout chaussé de ses fidèles baskets tout terrain. Mme R. a malgré tout pu s’essayer à cette danse ainsi vêtue, le temps d’une chanson, et ainsi réaliser son rêve (on avait dit « danser le tango », mais sans préciser comment…). Classe !




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