C’est quoi ton pays préféré ?

Lorsque l’on revient de vacances, on a déjà des tas d’histoires à raconter. Alors imaginez après un an de tour du monde… on pourrait vous en parler des heures. Quand les Roucouldoux racontent leur voyage à leur retour, ça donne ça.


Nous savions que le retour en France allait être synonyme de retrouvailles et que les discussions autour du voyage iraient bon train. Mais comment résumer un an d’aventures en quelques mots (« le voyage, c’est cool »… trop facile) ? Faire comprendre que nous avons vécu bien plus que de simples « vacances » (quoi, un tour du monde, c’est fatiguant !) ? Et surtout ne pas lasser les gens en montrant nos
36 000 photos commentées une à une (même une sélection drastique de 10 photos par pays finit par ennuyer quand ce n’est pas votre propre voyage) ? Si nous avions envie de parler des soirées entières de voyage, nous ne savions pas forcément comment en parler et en faisant le tour de notre entourage (proches, amis, collègues…), nous avons vite remarqué que nous radotions ! Force est de constater que les mêmes sujets de conversation reviennent dans les esprits lorsque l’on parle de voyage.

Les questions récurrentes

Lorsque l’on recroise des gens qui vous ont suivi de près ou de loin dans votre aventure, il y a inévitablement un flot de questions incontournables (même ceux qui se veulent plus originaux finissent par vous les poser). Ces questions étaient souvent affreusement banales et nous avions au début décidé de ne pas y répondre directement, tant il nous paraissait inconcevable de réduire cette année de voyage à une phrase… Mais voyant la mine décontenancée de nos interlocuteurs ou leur insistance à vouloir une réponse plus précise, nous avons donc mis au point la stratégie de la réponse « faisant plaisir ». Voici le top 3 des questions les plus souvent posées et notre point de vue sur celles-ci.

  • Alors, pas trop dur le retour ?

Comment répondre honnêtement à cette question sans passer pour le c… de service qui non seulement s’est payé le luxe de partir un an en voyage mais en plus aurait le culot de se plaindre en rentrant d’une réadaptation difficile à la vie parisienne ? Alors en général nous avons dit « non, pas pour l’instant » et dans les faits, il était délicat de répondre car nous venions d’arriver et n’avons pas cessé de courir durant les premiers jours, ayant ainsi l’esprit toujours occupé (pas de place au coup de blues, entre le déménagement de nos affaires et la reprise du travail la semaine suivante). Mais si l’on avait voulu répondre sincèrement, nous aurions bien sûr préféré prolonger le voyage de quelques mois plutôt que de retrouver la grisaille et le métro (pas folle la guêpe). Ceci dit, le retour a aussi de bons côtés : revoir ses proches, faire des soirées entre potes, profiter de la gastronomie française… Voilà de quoi nuancer les sempiternelles plaintes liées au retour d’un tour du monde.

  • C’est quoi ton pays préféré ?

« Ça dépend de ce que tu veux faire ». Car là est bien tout le problème : le choix d’un pays est fondé sur des critères purement subjectifs, qui ne conviendront peut-être pas du tout à l’interlocuteur que vous avez en face (entre votre grand-père, une amie avec un enfant et un couple de baroudeurs, difficile de trouver une réponse commune). Mais voilà, quand on fait une réponse de Normand, on doit aussi faire face à l’insistance de vos amis qui attendent tout bonnement que vous leur suggériez une future destination de vacances. C’est ainsi que d’un commun accord entre M. et Mme Roucouldoux (pour ne pas brouiller les pistes), nous suggérions 3 options suffisamment différentes pour contenter le maximum de personnes : 1. Le Chili pour la diversité des paysages et la gentillesse des gens, 2. Le Laos pour le calme et le charme des villes coloniales, 3. L’Inde pour la beauté des couleurs et le choc des cultures. Si cela ne tenait qu’à nous, nous aurions pu ajouter tous les autres pays que nous avons parcourus, car chacun mérite d’être vu mais la liste aurait été beaucoup plus longue et il faudrait alors prévoir un voyage au long cours et non plus deux semaines de vacances pour tout voir (et encore…), ce que peu de gens sont prêts à faire. Nous avons même eu des amis qui nous demandaient d’effectuer un classement de nos pays préférés… No comment !

  • C’était bien ce tour du monde ?

« Oui, génial. » De loin la pire de toutes les questions car la plus réductrice. En effet, comment ne pas dire qu’un an passé à découvrir de nouvelles cultures, voir des paysages magnifiques et faire des rencontres incroyables, c’est tout simplement génial ? Nous avons souvent enchaîné en conseillant à toutes les personnes intéressées de tenter l’expérience par elles-mêmes pour se rendre compte à quel point c’était quelque chose d’incroyable et difficile à expliquer. Et soyons honnêtes : tout n’a pas forcément été « bien » dans le tour du monde, car pendant un an, vous avez immanquablement votre lot de galères, de ras-le-bol, et de fatigues (le jour où Mme R. a bloqué sa carte bleue au Chili, ayant oublié son code, fait bien sûr partie des mauvaises expériences, même si M. R. était rassuré qu’elle ne puisse plus faire de shopping).

Heureusement, en dehors de ces 3 questions classiques, nous avons eu droit à des questions plus originales et surtout plus précises qui nous ont parfois laissé perplexes, car nous ne savions pas forcément quoi répondre : « quel a été votre pire repas ? », « quel a été le trajet le plus long ? », « avez-vous tout utilisé dans votre sac à dos ? », « ça fait quoi, un an avec les mêmes fringues ? » (merci à la sœur de M. R. pour sa créativité !).

Le syndrome Alzheimer

Nous savions qu’en revenant et en discutant avec notre entourage, nous ne pourrions pas tout dire ni tout partager du voyage, parce qu’il n’est pas évident de parler d’une expérience personnelle aussi intense quand celui qui vous écoute ne l’a pas vécue. Alors inconsciemment, nous avons souvent raconté les mêmes histoires, les anecdotes que l’on a plaisir à revivre à chaque fois qu’on en parle avec le recul. Pratiquement tout le monde connaît maintenant nos mésaventures de carte bancaire au Japon et le service légendaire de ses habitants toujours prêts à vous aider, les pires toilettes où nous n’avons pas réussi à rentrer, la turista de M. R. à son arrivée au Népal, les crises passées à essayer de charger le blog sur Internet et bien d’autres. Bizarrement, nous racontons souvent nos galères parce que sans doute, c’est ce qui fait le plus sourire et c’est aussi la façon la plus simple d’expliquer aux gens qu’un tour du monde, ce ne sont pas des vacances mais bien une aventure avec son quotidien souvent difficile et usant, tant pour l’esprit que le corps. Et puis en général, la discussion sur notre tour du monde ne dure guère longtemps (on a toujours peur de fatiguer les gens en ne parlant que de nous), car la vie a continué pendant notre absence et qu’il est aussi important de prendre des nouvelles des autres. Les plus beaux moments (le lever de soleil sur Angkor, la rencontre de notre famille indienne d’adoption à Amer, le passage du col de notre trek au Népal…), nous les partageons aussi mais peut-être davantage avec d’autres amis voyageurs qui ont pu vivre la même chose que nous et comprennent mieux l’état d’esprit dans lequel nous pouvions nous trouver à ce moment.

Expliquer son quotidien

Pendant un an, notre quotidien est devenu bien différent de notre petit rythme parisien et nous avions pris de nouvelles habitudes, ou plus exactement adapté celles-ci aux différents pays croisés. Pour permettre à notre entourage de se projeter autant que possible dans notre vécu, nous avons souvent eu recours aux comparaisons entre habitudes de vie sédentaire et de vie nomade. Car dès que l’on part plus d’un mois, on ne se sent plus en « vacances » hors du temps et déconnecté de la réalité, mais bien « en voyage » avec de nouvelles contraintes et un autre rythme à adopter. Voici une petite liste de nos habitudes en France transposées à l’étranger :

  • Prendre un bol de céréales au petit-déjeuner et du lait froid = trouver quelque chose à mettre dans son ventre pas trop bizarre (si possible sucré) et se faire un tasse de lait en poudre.
  • Se demander quel vêtement on va mettre aujourd’hui devant la glace du dressing = ressortir toujours le même pantalon zip, les mêmes baskets de trail, la seule variante étant le choix de la longueur des manches du tee-shirt (débardeur/court/long… qui a dit que ça ne fait pas féminin le look de randonneur ?).
  • Prendre le métro pour aller au travail = passer 8h dans le bus avec toutes vos affaires précieuses dans votre sac accroché à vous, au milieu de 12 personnes qui vomissent et de la musique locale à fond.
  • Travailler sur vos dossiers = publier les articles du blog avec la connexion Internet la plus merdique de tous les temps et organiser les 15 prochains jours en épluchant les guides de voyage (ou en arrachant ses pages).
  • Faire la queue à la Poste pour récupérer un colis = faire la queue à l’ambassade pour récupérer votre visa.
  • Aller à la cantine = trouver un resto de rue propre et pas cher qui ne vous fera pas passer le reste de la journée aux toilettes.
  • Prendre rdv chez le médecin pour faire soigner votre rhinite allergique = farfouiller sa trousse à pharmacie de survie pour se rendre compte qu’on a épuisé le précieux stock d’antihistaminique et essayer de négocier à la pharmacie du coin pour avoir un médicament équivalent sans parler un mot de la langue locale.
  • Faire une heure de vélo en salle de sport = faire toute la ville à pied pour voir les principaux temples et monter chaque escalier sans rechigner.
  • Faire un tour votre institut de beauté préféré = tester les soins du corps locaux (de la cire chilienne au massage traditionnel laotien) et en ressortir plus ou moins indemne.
  • Faire les courses dans votre supermarché habituel = chercher un magasin ressemblant à une épicerie grillagée tenue par une mamie locale (les grandes surfaces ayant disparu de votre référentiel) et acheter vos produits à l’unité (pratique pour les paquets de mouchoirs lors d’un gros rhume).
  • Préparer le dîner = retourner au resto du midi s’il a été concluant pour essayer une autre spécialité de la carte maintenant que l’on est en terrain connu OU trouver un endroit différent qui serve autre chose que du riz frit, des nouilles ou des patates bouillies (plus dur).
  • Regarder un épisode de Game of Thrones sur l’ordinateur = allumer la TV seulement pour rigoler 5 minutes des programmes étrangers qu’on ne comprend pas (c’est arrivé 1 fois) puis l’éteindre pour lire un bouquin sur la liseuse (c’est arrivé tous les jours).
  • Sortir le soir entre potes pour aller danser dans un bar select hyper cher = se retrouver avec vos nouveaux potes de rando dans une boîte dont le dress-code est tongs/short/tee-shirt et la bière est à moins d’un euro.
  • Boire une tisane « Nuit calme » dans son mug hyper tendance (en forme de bonhomme M&M’s) = boire la tisane du coin (feuilles de coca, fleurs de je ne sais pas quoi) dans la tasse que vous transportez depuis des mois et qui par la force des choses, est devenue votre nouvelle « tasse préférée ».
  • Prendre une bonne douche avec un soin gommage pour le corps = se laver rapidement à l’eau pas tout à fait chaude (voire froide) avec le seul savon que vous avez réussi à trouver (Dove ou Head&Shoulders étant universels).
  • Dormir dans son lit douillet = rentrer dans son drap de soie et faire abstraction des éventuels bruits parasites que vous n’aviez pas repérés au moment de retenir la chambre (du moustique nuisible aux 15 sonos différentes des bars voisins).

Le retour, vous l’aurez compris, assure donc un vrai confort car on revient souvent chez soi, dans un univers balisé et développé. Quelle n’a pas été notre joie en retrouvant notre appartement parisien, notre mobilier (et nos 50 cartons), et le bonheur d’avoir une vraie douche et un lit qui ne changeront pas tous les 3 jours ! Mais nous regrettons un peu les surprises que nous garantissait l’arrivée dans un nouveau pays et la liberté de pouvoir poser nos sacs où bon nous semble.

Prolonger la discussion

Une fois que le cercle de vos proches et amis est au courant de la majorité de vos péripéties trépidantes (surtout quand ils vous suivent déjà sur votre blog…), il faut trouver de nouveaux moyens pour continuer à parler du voyage et se renouveler. Nous écrivons encore des articles sur le blog, ce « bébé » que nous ne voulons lâcher pour rien au monde tant il a occupé nos journées et nous en a fait baver. Nous réfléchissons aussi à imprimer un livre, faire une expo photo (de grands projets artistiques pour les simples amateurs que nous sommes) pour garder une trace concrète de cette année et se dire qu’il ne s’agit pas d’une simple parenthèse dans notre vie. Mais si les soirées où l’on revoit ses photos/vidéos risquent de rapidement nous plonger dans la dépression (« mais qu’est-ce que je fais ici alors que je pourrais nager à Bornéo ? »), la meilleure solution que nous avons trouvée est de s’investir autrement en cherchant de nouvelles personnes avec qui discuter du voyage… et si possible des gens intéressés qui ne connaissent pas encore vos déboires. En ce qui nous concerne, nous étions déjà inscrits à l’association de voyageurs ABM (Aventure du Bout du Monde) et nous avons décidé à notre retour de nous y consacrer davantage mais en passant cette fois de l’autre côté de la barrière. Au lieu de venir prendre des renseignements auprès de voyageurs confirmés lors d’apéros hebdomadaires, nous avons joué les « conseillers » en animant une soirée sur le thème du tour du monde et nous apprêtons également à tenir une conférence sur le blog en voyage lors d’un festival de globe-trotters (non, le voyage ne donne pas la grosse tête). Quel plaisir de pouvoir répondre à toutes les questions que nous nous étions nous-mêmes posées il y a 2 ans de cela, au moment de la préparation de notre périple. Nous retrouvions des interrogations existentielles du style « billet tour du monde ou vol sec ? », « quoi mettre dans son sac à dos ? », « quelle carte bleue prendre ? », « plutôt réflex ou compact ? », « quel budget par pays ? »… Nous sommes heureux de pouvoir venir en aide à de futurs voyageurs que nous aurons plaisir à suivre à notre tour. En matière de thérapie pour le retour, c’est plutôt agréable !

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