Du mont Everest au lac Namtso

Après avoir découvert la richesse du patrimoine de Lhassa, Atoutibet nous emmène sur la route des grands espaces. Entre le camp de base du mont Everest et le lac Namtso, l’un des lacs les plus sacrés du Tibet, les Roucouldoux vont prendre un grand bol d’air frais.


Commencer notre périple au Tibet à Lhassa avait deux avantages : les sites visités nous servaient à la fois d’introduction au bouddhisme tibétain et de mise en jambe pour l’altitude. Après deux jours d’acclimatation, nous étions rodés pour partir explorer des monastères haut perchés et des lieux naturels tout aussi sacrés pour les pèlerins que les temples eux-mêmes. Car le bouddhisme, comme nous l’avons appris, s’incarne tout autant dans la pierre et la terre que dans les hommes et les écritures saintes. Nous voici donc à bord de notre minibus privé, prêts à enchaîner de nombreux kilomètres.

Sur la route de Shigatsé

Nous quittons Lhassa au petit matin pour partir vers le sud-ouest du Tibet. Les longues heures de route (heureusement mieux asphaltée que les routes du Cambodge, truffées de nids-de-poule) nous laissent le temps de regarder le paysage évoluer et font oublier les postes de contrôle que nous devons régulièrement franchir (simple formalité pour notre guide qui se charge de ces détails). Nous prenons conscience en nous éloignant du centre urbain que le Tibet est avant tout une région vide, faite de grandes terres arides où il ne pousse pas grand-chose et idéales pour laisser gambader en liberté des troupeaux de yacks. Plus nous avançons et plus nous voyons diminuer la présence de l’homme, au profit d’une nature plus sauvage.

Nous sortons progressivement de la vallée pour monter vers de hauts plateaux et le froid commence à se faire sentir, à travers les bourrasques de vent qui balayent la plaine et les quelques touffes d’herbe encore prisonnières de la glace. Très rapidement, nous enchaînons les cols avec une facilité déconcertante (on est loin du Larke Pass au Népal, qui nous avait donné tant de fil à retordre) : alors que nous franchissons le col du Kamba-La à 4 794 mètres avec ses centaines de drapeaux de prière, nous ne ressentons pas l’ombre d’un mal de tête ni d’une nausée. Mais c’était sans compter sur la horde de vendeurs ambulants qui nous tombent dessus à la sortie du véhicule, nous répétant à l’infini « 10, OK ? » pour tenter de nous vendre les fameux drapeaux. Après nos 10 mois de voyage, nous n’avons pas grand mal à nous esquiver et en profitons pour admirer ce toit coloré artificiel, animé par les fanions flottant au vent. Notre guide nous expliquera plus tard que chaque couleur représente un élément : le feu en rouge, l’eau en vert, l’air en bleu, la terre en jaune et… l’espace en blanc (et oui, les bouddhistes ont pensé à tout !). Ni une ni deux, nous repartons sur notre lancée (sachant que nous sommes 12 dans un minibus chargé de bonne humeur), et arrivons en peu de temps au pied du glacier Karo-La puis au lac sacré Yamdrok culminant à 5 045 mètres, dont la beauté nous laisse bouche bée. Entre l’étendue bleue immense cernée par les montagnes enneigées et la neige immaculée scintillant au soleil, on ne sait plus où regarder. Il y a néanmoins toujours une petite attraction pour nous détourner de notre contemplation poétique : les Tibétains ont visiblement tout prévu pour que les touristes puissent se prendre en photo dans les situations les plus ridicules possibles. Au choix, vous pouvez vous travestir en prince et princesse du XIIe siècle (Mme R. n’aurait pas dit non pour juste essayer le chapeau fourré et les manchons assortis), monter sur le dos d’un yack tout poilu (tenu en laisse par son propriétaire car c’est une bête très peureuse), ou poser à côté d’un dogue tibétain (une bête moins peureuse). Bien sûr, les trois options sont cumulables, à condition de payer : nous ne sommes pas en Chine pour rien (même au Tibet, le business est roi) et il faut reconnaître que la population locale n’a pas vraiment d’autres ressources, en dehors du tourisme, pour s’en sortir.

Une fois passés le col et la route sinueuse à flanc de montagne, notre chemin nous mène à la ville de Gyantsé et surtout au monastère de Palcho. Ce qui attire notre regard cette fois, ce n’est pas tant le monastère en lui-même qui rappelle ceux vus à Lhassa, mais un immense stupa blanc situé dans l’une des cours adjacentes. Ces grandes sculptures blanches ou en pierre, souvent ornées de l’œil de Bouddha, étaient fréquentes au Népal. Mais jamais nous n’en avions vu d’aussi grand. Et pour cause, le Kumbum qui se dresse sous nos yeux fait plus de 35 mètres de haut (autrement dit, c’est le plus grand stupa du Tibet) et comme son nom l’indique, il contient « 100 000 images saintes » à l’intérieur de ses 77 chapelles. Mme R. s’empresse d’essayer de retrouver son mari, déjà parti à l’assaut des 9 étages. Elle aperçoit au centre une grande statue de Bouddha, comme en écho aux autres représentations bouddhistes peintes sur les murs des petites chapelles. Le chemin pour monter les étages est très bas de plafond, et la faible luminosité rend l’accès parfois difficile. Mais la vue au sommet est époustouflante et l’on distingue au loin ce qui ressemble à une ville fortifiée. M. R. interrogera la guide un peu plus tard et regrette qu’elle ne fasse pas l’objet d’une visite, mais apparemment, celle-ci serait désormais abandonnée (excuse insuffisante pour certains)…

Nous continuons notre route au milieu des montagnes pour finalement arriver à notre étape pour la nuit : Shigatsé. Soyons clairs, il ne s’agit pas d’un trou pommé et du village rural avec trois chaumières comme nous avons pu en voir sur le chemin. Nous sommes dans une ville bien développée, avec tous les services et infrastructures qu’on pourrait imaginer. Shigatsé constitue un autre temps fort de notre périple, car c’est là que se trouve le monastère de Tashilhunpo, célèbre pour avoir été la demeure de nombreux Dalaï-lama et Panchen-lama. La curiosité de ce site est justement le stupa-tombeau du 10e Panchen-lama, qui accumule un nombre de richesses incroyable : 614 kg d’or, 868 pierres précieuses et 256 794 bijoux ! En faisant le tour du sépulcre pour admirer la finesse des sculptures (et la taille démesurée des joyaux, à faire pâlir la couronne d’Angleterre), nous sommes accompagnés des pèlerins qui marchent voûtés sous les bibliothèques murales remplies de textes sacrés (ce petit rite permettant d’ôter ses pêchés et ainsi se purifier), et déposent leur poignée de beurre dans les grands bougeoirs avant de s’incliner et quitter les lieux.

Au pied du mont Everest

Le lendemain, nous reprenons la route avec pour objectif d’arriver avant la nuit au premier camp de base de l’Everest. La journée promet d’être longue, car cette fois nous allons rouler un moment sur de la piste caillouteuse. Mais en récompense, les paysages que nous observons par la fenêtre sont encore différents de ceux vus jusqu’ici. Le parcours prend des airs d’altiplano bolivien (à condition de remplacer les lamas par des yacks) mais petit à petit, nous constatons que c’est encore un autre univers qui se déploie sous nos yeux étrangers, sur lequel nous avons du mal à mettre un nom. Et puis tout d’un coup, c’est l’évidence : « on se croirait sur la planète Mars ! » s’exclame Mme R. (qui bien sûr n’a jamais vu Mars de ses propres yeux, mais juste les vidéos retransmises à la TV du robot Rover). En effet, nous avançons au milieu de dunes de caillou et de poussière d’un ton rouge orangé. Cet espèce de désert de pierres semble totalement isolé et un peu hostile (on prie pour ne pas crever une roue par ici).

Soudain, au détour d’une colline, se détache au loin dans le ciel d’un bleu azur une chaîne de montagnes blanches. Nous retenons tous notre souffle : serait-ce l’Everest (ou le mont Qomolangma, de son petit nom seulement connu des Tibétains) ? En fait, il s’agit probablement d’un des autres sommets voisins de plus de 8 000 mètres, au choix le mont Lotse, le mont Cho Oyu, le mont Makalu… L’Everest est pour l’instant dans les nuages, et nous oblige encore à patienter un peu. Lorsque nous arrivons au camp de base, nous hésitons entre le soulagement et la surprise. Nous nous apprêtions à passer une nuit glaciale dans une tente avec un chauffage minuscule… Nous découvrons de grandes tentes ressemblant à des yourtes, avec des noms d’hôtels farfelus (le « Blue Lagoon Hotel », le « Paradise View Hotel ») et un stand d’artisanat local pour nous accueillir. À l’intérieur, de moelleuses banquettes qui servent aussi de lits sont disposées en cercle autour du poêle déjà chaud, tandis que la micro-pièce à l’arrière sert de cuisine. On nous propose le traditionnel thé salé au beurre de yack, que Mme R. décline poliment (comment aimer une boisson qui a un goût de beurre rance, de viande forte, et loin derrière de thé, complètement masqué par le sel ?). Le temps de faire quelques photos du coucher de soleil, le groupe s’installe confortablement dans la tente au chaud. Quelques personnes commencent à ressentir les effets de l’altitude mais heureusement, notre guide a tout prévu et sort en deux minutes la bouteille d’oxygène et l’attirail de fil pour soigner notre malade en plein malaise (c’est digne d’un épisode d’« Urgences », mais version tibétaine). Nous ne tiendrons pas longtemps avant d’aller nous coucher près du feu alimenté par le crottin de yack…

Le lendemain matin, le mont Everest nous offre enfin un magnifique panorama dégagé et nous allons jusqu’au second camp de base pour l’admirer de plus près. Dire que nous sommes à quelques mètres de la frontière népalaise, là où nous étions un mois avant. Pourtant, les conditions sont totalement différentes. Il n’y a plus la notion d’effort qui nous avait fait avancer jusqu’au col du Manaslu et créé une telle émotion au moment de franchir le col. Ici, tout paraît simple et facile d’accès, puisque nous ne sommes pas en trekking. Une promenade du dimanche en somme… Sur le chemin du retour, nous nous arrêterons devant le petit monastère de Rongbuk : nettement moins impressionnant que ceux visités précédemment, ce bâtiment se rattrape néanmoins bien avec le titre du « monastère le plus haut du monde », en plus d’avoir en arrière-plan une vue spectaculaire sur la chaîne himalayenne.

Contemplation au lac Namtso

Pour nos derniers jours au Tibet, nous avions prévu de faire un crochet au nord pour aller voir le lac Namtso. Mais avant de repartir pour une longue journée de route, nous décidons de faire une excursion plus courte au monastère de Ganden et à l’ermitage de Drak Yerpa. Si le monastère rappelle beaucoup dans sa construction le palais du Potala (en plus petit), l’ermitage nous surprend davantage par son architecture. Il s’agit en effet de minuscules grottes creusées sur le flanc d’une colline sacrée, datant pour certaines de plusieurs siècles où se sont retirés d’illustres personnages tels que le fameux roi aux 5 épouses. Difficile de s’imaginer vivre 3 mois (voire plus pour les plus assidus) dans une grotte de 5 mètres carrés, avec en tout et pour tout une statue de Bouddha, un coin cuisine dans la roche, et une chèvre pour avoir du lait (et de la compagnie ?). En tout cas, nous sommes définitivement ou trop grands ou claustrophobes car nous ne resterons jamais plus de 2 minutes dans chaque sanctuaire sans nous sentir mal à l’aise. En revanche, la vue à l’extérieur des grottes donnant sur la vallée en contrebas est impressionnante et M. R. se sentira, bizarrement, plus inspiré par ce décor pour faire des photos.

Le lendemain, direction le lac sacré Namtso, de nouveau à plus de 4700 mètres d’altitude. En entrant dans le parc de la réserve, nous avons l’impression d’arriver au pays des nomades. La plupart des habitants vivent autour du lac dans de grandes tentes noires, avec leurs troupeaux de yacks et nous croisons régulièrement des hommes ou des femmes à cheval, gardant leur bétail. Mme R., ayant toujours eu un faible pour les bourriques, se renseigne sur la possibilité de faire un trek à cheval dans les environs… « Les locaux mettent au moins 15 jours de cheval pour faire le tour du lac. » Ce sera donc partie remise ! En longeant les eaux bleues profondes du lac, on a du mal à réaliser qu’il puisse être aussi grand. Et pourtant, nous en aurons rapidement la confirmation en prenant un peu de hauteur. Une fois arrivés au camp de base (qui ressemble beaucoup à celui de l’Everest, mais avec un air de station balnéaire façon Far West en plus), nous partons nous promener sur la colline surplombant les lieux pour profiter du magnifique crépuscule qui s’annonce. On peut alors observer la glace qui ourle la rive se déplacer progressivement sur cet immense miroir, tandis que disparaissent à l’horizon les montagnes baignées de brume. Cela restera sans doute l’un des plus beaux endroits vus durant notre tour du monde. M. R., fasciné par ce spectacle, décidera de rester pour observer les premières étoiles, bravant le froid mordant et les yacks sauvages paissant dans le coin. Le retour à la petzel sera quelque peu compliqué…

Dix jours pour visiter le Tibet, c’est très riche et frustrant à la fois. On aimerait pouvoir passer plus de temps dans une ville, rester dormir dans un monastère, discuter avec des locaux, approfondir toutes ces choses qu’on ne fait qu’entrevoir. Mais après tout, on se dit qu’on a déjà beaucoup de chance d’avoir pu découvrir cet endroit. Alors laissons-nous le temps de digérer cette expérience pour l’apprécier à sa juste valeur, avant de songer à repartir.



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