Du nord au sud du Japon

Pour notre dernière étape de tour du monde, nous avons choisi de terminer en beauté en parcourant le Japon. Rien de mieux pour voir les contrastes de ce pays que de faire un saut de puce à Hokkaido puis de descendre à l’extrémité opposée, sur l’île de Kyushu.


Si M. Roucouldoux connaissait déjà le Japon pour y être venu 7 ans plus tôt, Mme R. fantasmait littéralement sur ce pays et attendait avec impatience de le découvrir. Ses premiers jours à Tokyo furent difficiles à digérer tant les tentations côté shopping (et un an de frustration à la clé) étaient multiples. Heureusement, l’escapade au nord puis au sud du Japon allait lui donner un peu de répit. En dehors de la différence radicale de climat entre Hokkaido (où nous avons ressorti les doudounes pour lutter contre un vent glacial) et Kyushu (short et débardeur étant obligatoires vu la chaleur) ainsi que leurs situations géographiques, les deux îles se ressemblent par de nombreux aspects. Chaque île offre la possibilité de s’évader du centre urbain en un rien de temps pour aller vadrouiller dans la montagne et profiter de ses points de vue reposants.

Rat des villes

Nous avions prévu, en compagnie de la sœur de M. R. et son compagnon, de filer rapidement à Sapporo pour tenter de voir le hanami, autrement dit la floraison des cerisiers. Le pari était risqué car nous arrivions au Japon à la fin du mois de mai mais nous étions confiants, d’autant que le froid nous attendait sur l’île d’Hokkaido. Nous commençâmes donc notre visite de la ville en cherchant des yeux les fameux arbres en fleurs. Mme R. très impatiente égrenait chaque nom de fleur en croisant un nouveau type d’arbre dans les grandes allées de la ville : « ça, c’est du lilas ; ça, des fleurs de prunier ; ça, je sais pas ; oh des tulipes… mais où sont les sakura ??? ». Nous finissons en passant devant le jardin de la mairie par tomber sur quelques pieds de cerisiers colorés, mais ils sont bien cachés au milieu des autres arbres et il ne reste plus beaucoup de fleurs (déjà fanées) sur les branches. Le spectacle est loin d’être transcendant mais Mme R. ne démord pas et veut visiter sinon tous les parcs de la ville (manque de chance, le plus beau parc est fermé pendant notre passage), au moins un parc réputé pour la floraison plus tardive de ses cerisiers. Elle emmène donc son petit groupe, après plusieurs changements de ligne de métro, au lieu-dit pour… faire chou blanc. Cette fois, il fait trop froid et visiblement les boutons des cerisiers n’ont pas encore éclos. C’est à n’y rien comprendre… À défaut, nous visitons un joli temple (balayé par les rafales de vent) et tirons un oracle écrit qui nous parle encore des cerisiers : « When a spring wind begins to blow, it will not be long before plum blossoms and cherry blossoms begin to peep out around us. » Il va falloir faire preuve d’un peu plus de patience !

Pour nous remettre de ce froid mordant, nous décidons d’explorer les grands magasins à proximité de la gare. Sapporo, tout comme Fukuoka, est une ville construite autour de grandes artères commerçantes souvent abritées, et les zones de passage telles que les gares ou les stations de métro ont été entièrement aménagées pour devenir de véritables centres commerciaux. On a donc l’impression de rentrer dans une immense ville souterraine, toujours illuminée et où il est plutôt agréable de se promener. Les filles se régalent de pouvoir refaire du lèche-vitrine, tandis que les messieurs vont se réfugier dans les magasins d’électronique (bizarrement moins fréquents que ceux de vêtements). En déambulant devant les devantures très colorées des magasins, nous remarquons que la France exerce visiblement une influence forte sur le nom des enseignes. Les Japonais semblent très friands de tout ce qui ressemble de près ou de loin à la France (« Paris, c’est si romantique » nous dit-on… si on oublie les crottes de chien, la crasse du métro et l’amabilité de ses habitants), et n’hésitent pas à réinventer notre orthographe, qui en devient poétiquement ridicule. Entre « Shamps Elysées », « Toujours, je pence à toi », « Armoire caprice », « Jouir de Bijou » et notre coup de cœur « Harmonie per congés payés », la tête nous tourne devant une telle imagination.

Quelques jours plus tard, nous retrouvons le même type d’ambiance à Fukuoka, mais sans les cerisiers et sans le froid. La ville a cette fois des airs de canal Saint-Martin, avec ses quais aménagés autour des différents bras de mer pénétrant dans les terres. À côté d’immenses vitrines rivalisant de créativité en matière d’éclairage, on trouve de minuscules gargotes éclairées par un simple néon où se pressent les passants pour déguster un bol de ramen et des grillades. Au détour de notre promenade, nous découvrons l’enseigne d’un bar qui retient notre attention : « the Owl family ». Le lieu semble apparemment très select car la porte est bien fermée et les rideaux tirés, et il faut toquer à la vitre pour qu’une charmante demoiselle vous ouvre. Un groupe de Japonais nous précède et entre dans le lieu clos, où nous apercevons de grands volatiles. Ni une ni deux, Mme R. et K. s’empressent de convaincre le frère et la sœur encore réticents à prendre un verre en compagnie de nos amis hiboux. Car c’est bien dans un bar à chouettes et autres rapaces que nous nous apprêtons à pénétrer ! Nous avions entendu parler des bars à chats et à lapins mais le concept d’associer hibou et boisson dépasse nos espérances. Nous nous dépêchons de passer de l’autre côté de la vitre pour voir ce qui s’y trame.

Derrière la porte se trouvent déjà une dizaine de clients afférés à caresser des hiboux et faire des selfies, sous l’œil attentif des gardiennes du temple. L’une d’elles nous invite à patienter à l’étage et commander nos boissons. Quelle n’est pas notre stupeur en voyant les prix astronomiques des breuvages, mais c’est le principe du bar : 1000 yen pour une boisson de son choix (quand le thé glacé coûte un peu plus de 100) et 50 minutes de dialogue avec les piafs qui font la vedette au rez-de-chaussée. Après tout, nous ne ferons qu’une fois dans notre séjour une telle expérience ! Comme d’habitude au Japon, tout est fait pour être kawai, c’est-à-dire ultra-mignon-à-croquer. Les verres, les cartes de visite, les goodies rappellent de près ou de loin l’effigie du lieu, au cas où nous avions oublié le but de la visite. L’hôtesse nous demande ensuite de lire consciencieusement la notice d’instruction rebaptisée « comment faire du hibou ton meilleur ami ? » et après avoir désinfecté nos mains, nous sommes autorisés à redescendre. Mme R. et Aurore acceptent de jouer les cobayes pendant que messieurs prennent des photos, en testant d’abord le contact avec de petits modèles : au choix, vous pouvez avoir Coco le hibou au look de furby, ou Nikko plus petit qui passe son temps à pioncer. Alors caresser un hibou n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire : c’est un animal tout doux, mais assez craintif (bref, pas conçu pour être caressé) et il faut toucher uniquement son dos. Pas facile quand le hibou tourne toutes les 30 secondes la tête ou gigote. Les messieurs décident de tester quant à eux la version de combat pour se la jouer : cette fois, il faut mettre un gant en cuir pour protéger son avant-bras des serres acérées du volatile qui pèse bien 4 kilos. On ne rigole plus trop car on se croirait dans Harry Potter avec des rapaces de compétition prêts à transporter un message de la plus haute importance. Histoire de détendre l’atmosphère, l’un des hiboux se lâche en déféquant sur le sol… Plus rapide que l’éclair, la gardienne des oiseaux se précipite armée d’une boîte de lingettes pour nettoyer les dégâts et s’excuse au moins trois fois en s’inclinant très bas. Nous passerons un moment à « échanger » avec nos compagnons à plume avant d’aller discuter de cet étrange concept autour d’un bon plat de viande grillée (on vous rassure, on n’a pas caché Nikko dans notre sac pour le dîner).

Le lendemain, nous prenons le train pour la ville de Kumamoto et nous découvrons un autre aspect des villes japonaises : la présence de châteaux et de maisons traditionnelles encore préservées au cœur de la modernité. Le château de Kumamoto, qui a été beaucoup restauré et dont il reste finalement peu d’éléments d’origine, est impressionnant vu de l’extérieur. Les remparts qui le cernent sont gigantesques et les multiples étages du bâtiment lui donnent un air imposant. Entre le labyrinthe de murs et de terre-pleins, on trouve de très belles cours arborées qui permettent de faire des pauses entre deux montées d’escaliers raides. Nous sommes accueillis à l’entrée par un spectacle de samouraïs en pleine démonstration de maniement de sabre, sur une musique de film de bataille qui donne parfaitement (ou presque) l’illusion de la réalité. Tandis que M. R. mitraille les acteurs, Mme essaye de comprendre le scénario de l’histoire dont elle n’a pas la traduction : il s’agit a priori de l’histoire d’une princesse dont la vie est en danger, et qui est protégée par ses fidèles serviteurs (sinon comment expliquer la présence d’une femme au milieu de 5 guerriers ?)… De l’intérieur, c’est une autre ambiance. Le château est entièrement vide et seule la vue justifie de grimper les étages. Nous sommes davantage conquis en visitant l’ancienne résidence secondaire de l’empereur, à quelques pas de là. Les filles trouvent enfin « la maison de leurs rêves » et ne tarissent pas d’éloges sur la décoration sobre et distinguée, le sol tout en bois, les portes coulissantes traditionnelles, les ouvertures sur le jardin japonais de pierre… On pourrait rester des heures dans ce décor zen !

Rat des champs

Pour profiter des autres agréments qu’offrent les îles du nord et du sud japonaises, nous avons opté pour la location d’une voiture. Mais qui dit voiture japonaise dit design particulier. Après quelques difficultés pour obtenir le droit de rouler en terre nippone (la traduction expresse du permis français fut nécessaire, le permis international ne servant à rien), M. R. récupère les clés d’une magnifique voiture Playmobil bleue toute carrée. On la croirait sortie d’un jeu vidéo, tellement sa forme paraît improbable. Nous plaisantons sur notre boîte à sardines qui roule très bien et nous emmène sans problème dans la montagne. Même si l’on met un peu de temps à quitter l’agglomération de Sapporo ou de Fukuoka, le changement de décor est flagrant. On se retrouve d’un seul coup au milieu de collines verdoyantes, de forêts de sapin et la balade devient champêtre. Les randonnées ne manquent pas et l’on peut se perdre sans problème dans la nature. Si vous cherchez un coin tranquille pour pique-niquer, vous pouvez soit vous poser au bord d’un lac perdu au milieu de nulle part sur Hokkaido, soit vous arrêter dans une prairie digne de la Suisse à Kyshu. À la grande joie de Mme R., la montagne autour de Sapporo était très fleurie et on a pu rouler une partie de l’après-midi le long d’une voie remplie de… cerisiers (enfin) !

Les deux îles se ressemblent aussi par leur terrain géologique, et tout particulièrement leur activité volcanique. En effet, nous avons dans les deux cas eu l’occasion de faire un tour près de deux cratères actifs : le mont Usu (Hokkaido) et le mont Aso (Kyushu). Les Japonais ont appris à vivre avec ces volcans actifs et sont fiers de promouvoir un tourisme axé sur la volcanologie. Tout est fait pour pouvoir approcher au plus près les deux monstres, en prenant un maximum de précaution (nous sommes quand même au Japon). Nous avons donc testé pour le premier le trajet en téléphérique avant de faire une petite randonnée à pied, et sommes carrément montés en voiture jusqu’à l’observatoire pour le second. Il faut reconnaître que le mont Aso fut nettement plus impressionnant, car à l’intérieur de l’immense caldeira, on pouvait observer (et respirer) de nombreuses vapeurs de souffre qui s’échappaient de la roche et faisaient monter la température de l’eau stagnant dans le cratère. Nous avons même dû à un moment nous éloigner du site car l’inhalation prolongée des gaz peut être toxique et les émanations étaient devenues trop fortes. Dommage pour le timelapse de M. R., qui a dû être écourté plus tôt que prévu…

La dernière escapade bucolique de la semaine fut la découverte à vélo du petit village d’Aso-San et de ses rizières, en contrebas du mont éponyme. Toute la région est réputée pour les sources naturelles d’eau chaude (l’activité sismique ayant aussi des bons côtés), et l’on avait réservé pour fêter les 30 ans de Mme R. une nuit dans un ryokan du coin. Nous avons donc fini l’après-midi en nous baladant sur les petites routes entre les terrains cultivés et les maisons typiques. L’arrêt à côté d’un petit cimetière perdu au milieu des champs à la lumière rasante du crépuscule avait quelque chose de magique. Si vous rêvez de vacances au calme, le cadre est parfait. Pour nous remettre de nos efforts sportifs (1 heure de route sur du plat), nous n’avons pas hésité à profiter des onsen privatifs disponibles dans l’hôtel, pour enchaîner sur un repas gargantuesque avec un gâteau à la clé. Dur dur de franchir le cap de la trentaine…

En bref, les îles du nord et du sud du Japon vous raviront par le contraste entre urbanisme et nature. Il y en a pour tous les goûts et nous avons adoré nous promener au milieu de paysages si différents de l’image traditionnelle que l’on a du pays.



This is a unique website which will require a more modern browser to work!

Please upgrade today!