Easy Riders

Les routes du Laos ont réveillé en nous une âme de bikers de l’extrême. Notre terrain de jeu : le plateau de Boloven et la boucle de Tha Khaek. Les Roucouldoux sont devenus des riders : des vrais, des durs, des tatoués faisant brûler la gomme sur leur passage.


C’était ce qu’on voulait être. En réalité, nous avons passé 6 jours sur nos montures pétaradantes et peu confortables, avec un look ridicule de motard « petit joueur ». Mais il n’est pas interdit de rêver et les paysages traversés au sud et au centre du pays nous ont plus qu’inspirés.

Le choix de la bécane

Tout bon motard sait choisir sa bécane pour qu’elle ne lui fasse pas défaut sur la route et l’accompagne le plus loin possible. Avant d’entreprendre notre périple, nous imaginions pouvoir louer une grosse cylindrée (sans aller jusqu’à la Harley Davidson car cela aurait troué le budget et nous n’avons vu aucun véhicule de ce genre au Laos, mais quelque chose de sérieux au moteur vrombissant), et avoir un équipement digne du biker respectable : un casque avec visière et décor de flammes sur les côtés, un blouson voire une combinaison en cuir noir, des gants stylés… bref la parfaite panoplie que nous aurions bien aimé adopter.

Hélas, en écumant les différentes agences de location en ville, nous avons vite déchanté et avons surtout essayé de trouver des motos capables de rouler sans nous mettre en péril. Au choix : la moto neuve qu’on vient d’acheter le matin-même parce qu’il n’y en avait plus assez en stock et qui n’a passé aucun rodage (donc si tu tombes, la moindre rayure te coûtera le prix de la moto elle-même – tu as remis ton passeport en caution, tu n’as plus le choix), ou la vieille charrue désossée aux pneus lisses et dégonflés (donc si tu ne tombes pas, c’est un miracle). Nous avons réussi à trouver un juste milieu (déjà rayée, pneus pas trop lisses), histoire de ne pas multiplier les risques d’accident. Enfin, « moto » est un bien grand mot pour ce type de cylindrée : il serait plus juste de parler de petit scooter chinois de 125 cm3 (semi-automatique car l’automatique était hors budget), avec un mini-coffre et un petit guidon. À défaut d’un antivol classique, nous devions embarquer une grosse chaîne avec un cadenas (très pratique à enlever et remettre). Pour pimenter la conduite, nous avions sans le savoir eu droit à une jauge d’essence capricieuse : la nôtre indiquait tout le temps que nous étions dans le rouge, même 10 minutes après avoir fait le plein, tandis que celle de nos coéquipiers indiquait que le réservoir était toujours plein… Qui croire ? Bref, mieux vaut vérifier de visu dans ces cas-là et s’arrêter régulièrement aux stations essence pour ne pas devoir finir la course à pied. Quant à l’équipement vestimentaire, nous avons aussi fait avec les moyens du bord. K-way Gore-tex et sur-pantalon pour la combi, gants Kalenji pour le froid, et une vieille passoire pour le casque (la visière étant révolue sur ces modèles), qui saute sur votre tête à chaque secousse. Accessoire ultime pour Mme R. (M. R préférant manger la poussière et les bestioles) : le tour de cou noir remonté jusqu’aux lunettes de soleil, en mode cagoule terroriste. Le ridicule ne tue pas, il rend plus fort…

La fine équipe

Pour avaler les kilomètres et il y en avait un certain nombre au programme, mieux vaut être bien accompagnés. Nous avons pu tester deux options et chacune a ses avantages et inconvénients.

  • L’option en amoureux : ah, qu’elle est belle la balade romantique à deux sur un petit bolide, monsieur assurant la conduite et madame, tout sourire, lui glissant des mots doux à l’oreille tout en profitant du paysage, cheveux au vent. Bon, soyons honnêtes réalistes : on avouera que Mme R. a souvent dû crier pour se faire entendre de monsieur car avec le vent sur le trajet, on n’entend rien. Sans compter qu’à chaque fois qu’elle ouvrait la bouche, elle mangeait des moucherons et ses cheveux, à force de prendre la poussière, sont devenus du carton. Admettons que c’est surtout pratique d’avoir sa moitié dans le dos pour se réchauffer et ne pas grelotter de froid quand on part tôt le matin en vadrouille.
  • L’option entre potes : le clan des baroudeurs, se relayant et faisant la queue leu-leu sur la route, se retrouvant le soir autour d’une bière et d’un bon feu, pour repartir de plus belle le lendemain n’est pas un mythe. Nous l’avons vraiment vécu en nous associant aux Bikets (un couple d’amis tourdumondiste rencontré à Paris… oui, encore un) et à Serena et Romain alias Chaton et Minou (un autre couple parti découvrir l’Asie). Vadrouiller entre potes permet de ne pas trouver le temps trop long, surtout quand il fait froid le soir et qu’il n’y a pas d’eau chaude… mais heureusement un bon feu de bois est là pour remédier à la situation. Cela permet aussi de se soutenir en cas de coup dur : pneu crevé, chute sur la chaussée glissante, réparation discrète d’un rétro abîmé, bref les aléas de la route. Et surtout de bien rigoler et de pouvoir partager les souvenirs à plusieurs.


Que vous partiez à deux ou à plusieurs, il vous faudra néanmoins choisir votre place sur le scooter. Nous vous donnons les pour et les contre de chacune, pour les avoir expérimentées assez longtemps :

  • La place du conducteur :

Les + : tu es celui/celle qui a en main la situation (gare à l’abus de pouvoir), qui décide quand on s’arrête (place de choix pour le photographe) et qui voit le mieux les paysages (sauf lorsqu’on traverse les petits ponts de bois où toute l’attention est requise).

Les – : tu es celui/celle qui mange le plus de moucherons, qui finit avec un masque de terre séchée sur le visage, qui a le plus froid, qui finit stérile à cause des nombreuses bosses sur la route (là on regrette le sur-pantalon rebaptisé « widow-maker »).

  • La place du passager :

Les + : tu es celui/celle qui glande (et peut faire la sieste à condition de ne pas bouger), qui passe son temps à admirer le paysage, qui peut se gratter le nez sans se faire voir, qui peut détendre ses bras endoloris.

Les – : tu es celui/celle installé(e) à la place du tape-cul, qui a le plus gros torticolis à la fin de la journée (car tu essayes aussi de voir devant), qui doit établir des stratégies pour se tenir sans gêner le conducteur, qui porte le sac à dos recouvert par la poussière refluant à l’arrière.

Le parcours

Il existe deux boucles assez connues au Laos permettant de faire de la moto, à condition d’aimer rouler : le plateau des Boloven au sud (250 km) et la boucle de Tha Khaek au centre (510 km). Dans les deux cas, 3 jours de route ne seront pas de trop pour profiter des paysages et se reposer du trajet. Même si celui-ci est un peu long, le cadre est pittoresque et idyllique : cascades et bassins d’eau turquoise, balade en frontale dans des grottes millénaires, plantations de café que l’on peut déguster, montagnes karstiques baignées par la brume, forêt de pierres et villages ethniques à foison ! On ne se lasse pas de regarder défiler le décor qui change régulièrement et chaque détour pour aller voir un point de vue ou une chute d’eau est toujours un bon prétexte pour faire une pause et se dégourdir les jambes. Sans compter les nombreux arrêts en bord de route juste pour faire une photo car tout est beau (résultat : on n’avance pas très vite). Reste encore à trouver les sites, dont certains sont parfois un peu cachés, voire pas du tout indiqués. D’autres bikers croisés lors de notre virée sont devenus les spécialistes des bleds introuvables : comment demander en laotien les noms de lieux tels que la célèbre résurgence de Than Pha Chan, Elephant Cave et la cascade de Cool Springs, sans risquer de faire 100 km de plus sur une fausse piste ?

Mais en voyageant sur ces deux boucles, nous avons aussi rajouté quelques options à notre périple, qui n’ont pas manqué de corser le trajet et de le rendre mémorable.

  • La poussière : quand on vous dit que la route est poussiéreuse, le qualificatif est faible. C’est comme si vous passiez 6 jours à rouler au milieu d’une tornade orangée qui s’insère en vous par tous les pores de votre peau et vous recouvre intégralement. Nés poussière, vous redevenez poussière. Non seulement la terre battue que vous soulevez sur votre passage est omniprésente, mais en plus elle vous empêche de voir devant vous et vous ralentit considérablement. En revenant de notre escapade, il nous aura fallu laver 2 fois tous nos vêtements pour enfin les voir reprendre leur teinte d’origine (toujours agrémentés de reflets orangés).
  • Le motocross : vous qui rêviez de faire un parcours plein de cascades, de crevasses, de cailloux, de nids de poule, de zones ensablées, vous allez être comblés. Sur les deux boucles, bon nombre de portions de route sont de véritables pistes acrobatiques (et pas sur 2 ou 3 km, mais bien 50) où il faut faire descendre le passager, rouler à 2 à l’heure et prier pour ne pas tomber. Mais en général, il y a souvent un point de vue sympa au bout (et de toute façon, hors de question de faire demi-tour) donc on prend son mal en patience et on avance. Le plus drôle est de se faire doubler par les habitants du coin qui foncent à toute allure sur leur scoot. Nous supposons que tous les Laotiens du coin sont désormais stériles et que les Laotiennes enceintes se déplacent uniquement à pied…
  • Le périph’ local : lorsque vous troquez la piste pour de longues lignes droites de goudron bien lisse, vous retrouvez aussi d’autres objets quelque peu dangereux sur la route. Au choix, vous pouvez rencontrer en face une armada de camions qui foncent à toute vitesse (voire se doublent et ce sans visibilité… c’est plus toujours plus fun) et vous font dangereusement tanguer, ou vous pouvez croiser des chiens, des cochons, des poulets et des vaches qui ont le don de se mettre en travers de la route à votre approche. Dans l’échelle de réaction face au coup de klaxon, les plus disciplinés sont les « porcinets » et les poussins, qui se carapatent à toute vitesse pour rejoindre leur mère un peu plus loin ; les vaches au contraire ne bougent pas d’un poil et ce sera plutôt à vous de faire un détour pour les contourner. Mais la route perdrait de son charme sans ces « rencontres » mouvementées.

Après avoir passé une semaine en scoot à sillonner les routes laotiennes, nous pensons avoir chèrement acquis notre place dans la famille des bikers. Nous voici prêts pour affronter la jungle des scoots débarquant tout azimut dans les rues d’Hanoï.




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