In Inka times

Oh, oh, oh : écoutez, braves matelots, l’histoire d’un petit équipage qui partit à l’ascension du terrible sommet inca, le Machu Picchu…

Cuzco, mardi 13 août

Ce matin-là, le coq chanta à une heure bien trop matinale ; cependant, il nous fallait être à 6 heures précises au point de ralliement donné la veille. En effet, nous nous apprêtions à entamer notre périple en terre inca, retenu depuis des mois auprès de notre armateur le capitaine Lorenzo. Hors de question de rater le départ ! Nous partîmes, M. Roucouldoux les yeux un peu collés et Mme R. grelottant par cette bise glaciale, mais le cœur empli d’excitation.

Après une petite attente avec le reste de l’équipage paré pour la même expédition, un minibus tous pavillons au vent nous mena à travers les ruelles de Cuzco jusqu’à notre première halte tant attendue : le petit-déjeuner ! Quelle ne fut pas notre surprise en découvrant le buffet gargantuesque préparé pour l’occasion. Le temps de sympathiser avec nos futurs compagnons de fortune, nous en profitâmes pour satisfaire nos appétits d’ogres, le prochain repas étant fort loin. Nous fûmes alors répartis par groupes et partîmes à l’assaut des montagnes andines… en voiture. Rien de mieux pour admirer les vallées entourées de pics enneigés et préserver nos forces.

Une fois arrivés au sommet d’un col qui n’était autre que le début d’une folle descente à bicyclette, nous fûmes équipés un par un d’une carapace qui avait le mérite de nous protéger des aléas de la route et de nous tenir chaud. Quelques coups de pédale nous suffirent à tester nos embarcations à 2 roues, avant de nous élancer sur les lacets et virages serrés de notre parcours. Cette première étape fut épique, surtout pour M. Roucouldoux, obligé de freiner en permanence pour éviter de doubler sa moitié ou de la faire chavirer.

Trois heures effrénées ne parvinrent pas à entamer les réserves et le moral de nos cyclistes expérimentés. Néanmoins, la fin de la journée se passa plus calmement pour ces derniers, qui avaient décidé de faire l’impasse sur le rafting – comprendre navigation en eau douce –, préférant se délasser et conserver leurs quelques écus pour d’autres aventures plus trépidantes.

Santa Maria, mercredi 14 août

Désormais habitués aux réveils matinaux, nous nous levâmes frais et dispos pour attaquer une longue journée de marche. « 7 à 8 heures de randonnée » nous avait laissé entendre Wilber, notre vieux loup de mer, mais rien d’insurmontable. C’était sans compter les sentiers escarpés, les falaises à pic et les crampes aux mollets des jeunes moussaillons. Fort heureusement, notre guide avait prévu de nombreuses distractions en cours de route pour nous laisser quelque répit : découverte des cultures locales de café et de coca, peintures de signes cabalistiques, discussions avec un singe farceur et un perroquet agacé, sieste digestive dans un hamac, et surtout apprentissage de la langue quechua.

Nous ne vîmes pas le temps passer et fûmes étonnés par la variété et la beauté des paysages traversés, allant des flancs de rempart aux lits des affluents de l’Amazone. Mais le meilleur nous attendait au bout du chemin : de magnifiques sources chaudes au cœur d’une vallée abritée du vent. Notre joie fut comblée lorsque nous pûmes barboter dans un véritable bain naturel et effacer, le temps d’une heure, la fatigue accumulée de la journée. Nous dûmes malgré tout rejoindre nos cabines pour la nuit, mais un détour par le repère des flibustiers du coin permit de guincher et de trinquer à cette fin de soirée.

Santa Theresa, jeudi 15 août

La matinée de ce 3e jour de trek commença fort mal pour certains d’entre nous. Ne voulant pas nous joindre à nos compagnons pour renvoyer notre petit-déjeuner sur un parcours de tyrolienne, nous en fûmes quittes pour les deux heures suivantes. Au lieu de terminer tranquillement notre courte nuit dans nos chambres, nous attendîmes le restant de la flotte dans un minibus, occupés à regarder le chauffeur changer une roue et se restaurer. Ce qui, dans ces contrées, prend beaucoup de temps…machu_picchu (3)

Heureusement, la suite de la journée s’avéra plus intéressante. Nous découvrîmes un ancien site inca encore à l’abandon près d’une réserve hydroélectrique, que seul notre timonier semblait connaître et apprécier à sa juste valeur. Notre randonnée se passa sans encombre, le long d’une voie ferrée empruntée par le fameux train Hiram Bingham qui amenait sa horde de gredins de touristes au Machu Picchu. Mais soudain, pris d’un doute, M. Roucouldoux fut taraudé par une question existentielle : qui était ce fameux Machu Picchu ? Le guide aurait sûrement la réponse, même s’il risquait de ne pas comprendre le sens d’une telle interrogation, après 3 jours passés à cheminer sur le chemin de l’Inca.

Pour notre ultime halte, l’armateur Lorenzo – que nous n’avons jamais rencontré et dont on doute encore de l’existence – nous avait gardé le meilleur : un dîner gastronomique et une nuit dans une chambre tout confort. Malheureusement, nous ne pûmes profiter bien longtemps de ce nid douillet, car la dernière nuit allait être des plus courtes.

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Aguas Calientes, vendredi 16 août

Après quelques heures de sommeil, nous partîmes en groupe dès 4h30 affronter la bruine et la nuit noire. L’ascension du site inca se mérita à la sueur de nos fronts : il nous fallut 45 minutes d’effort intense pour venir à bout des 1700 marches. La fierté dans l’âme, nous fûmes un peu dépités par le mauvais grain qui attendait là-haut. Point de vue splendide sur la cité, mais seulement quelques maisons et ruines éparses au milieu d’un épais brouillard. Malgré tout, nous écoutâmes religieusement les explications du guide, essayant d’imaginer « au temps des Incas » la projection du soleil au solstice d’été sur tel ou tel rocher… En vain.

Après des adieux émouvants et le désarroi de Wilber devant la question de M. Roucouldoux, notre groupe se dispersa à l’intérieur du site pour aller explorer à son gré les monuments. Certains d’entre nous avaient prévu un petit pique-nique : ce fut donc autour de sandwichs aux combinaisons des plus étranges et savoureuses – pain, avocat, fromage, banane et sel – que nous reprîmes courage avant de retourner nous promener. Pendant ce temps, le ciel capricieux nous avait réservé une belle surprise : à notre retour sur les lieux, le Machu Picchu se révélait à nos yeux ébaubis, grandiose tant par sa taille que par son emplacement. Il apparaissait comme suspendu au milieu des montagnes encore nuageuses, éclairé par un rayon de soleil : une cité pour les dieux. Nous nous arrêtâmes au point de vue panoramique pour immortaliser cet instant magique, avant de prendre un peu de hauteur en allant à la porte du soleil, d’où l’on dominait la cité.

Le chemin du retour nous parut un peu long, entre bus, train et taxi locaux ; mais nous emportâmes avec nous des souvenirs incroyables et le plaisir immense d’avoir foulé l’une des 7 merveilles du monde.

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