Le delta authentique

Avant de partir en tour du monde, nous vous avions promis de voyager autrement, de sortir des sentiers battus, d’aller à la découverte des cultures. C’est ce que nous avons pu réaliser, au-delà de nos espérances, pendant nos 48 heures passées à l’ouest de Saïgon.

Pour trouver la bonne formule de voyage dans la région du delta du Mékong, nous avons dû écumer pendant toute une après-midi les nombreuses agences des rues touristiques de Saïgon et payer le prix fort. Une fois notre billet réservé et le programme très alléchant en poche, il ne nous restait plus qu’à patienter sagement jusqu’au lendemain matin.

Le bus privé

Nous voici à l’agence à 8h15 précises, comme prévu sur nos billets. Le personnel nous accueille très gentiment et annonce que notre bus sera présent sous peu (dans 15 minutes). Nous attendons debout le sac sur le dos, puis assis le sac par terre, puis finalement M. Roucouldoux prend même le temps d’aller se chercher un café. Un homme de la compagnie de bus arrive une demi-heure plus tard et nous amène vers notre bus privé… Tout va bien, nous ne sommes que 25 personnes. Nous partons en direction de la ville de My Tho, en compagnie de notre guide hyper dynamique Mr Yp, alias Mr Handsome (il le dit lui-même) qui semble triste d’être célibataire et n’arrête pas de faire de l’appel du pied auprès de ces dames… Deux jours comme ça, ça promet !

Les toilettes de My Tho

Après une heure et demie de route, notre guide précautionneux de nos vessies nous propose un arrêt sur l’aire de repos de My Tho. Mme R. décide de faire honneur aux lieux, tandis que M. se balade dans ce magnifique Disneyland vietnamien qui s’avère être le carrefour de tous les bus « privés » en partance pour le delta… Il y a même pour vous distraire un stand de pêche à l’épuisette traditionnelle dans un bassin devant lequel on peut prendre la photo.

La pagode des 3 bouddhas

Un peu plus tard, nous nous arrêtons devant une étrange pagode où de loin nous apercevons un énorme bouddha assis. « Nous voici à la pagode des 3 bouddhas, vous avez 15 minutes pour visiter ». On se dit que cela ne fait pas beaucoup pour faire le tour de l’endroit, mais en réalité notre guide bien averti avait raison : à part le bouddha assis, le bouddha couché et le bouddha debout qui éclipsent le modeste bâtiment de la pagode, il n’y a rien d’autre à voir. C’est reparti pour 2 bonnes heures de bus, que nous ne voyons pas passer grâce à l’humour décalé de M. Yp et ses multiples renseignements sur l’histoire du pays.

L’île de la licorne

Nous arrivons alors à l’embarcadère de My Tho où nous changeons de mode de transport. Cette fois-ci, nous montons sur un bateau à moteur (toujours très privé, comme les 15 autres présents à quai) en direction de l’île de la licorne. Qu’il fait bon naviguer sur le Mékong, au son mélodieux de notre guide qui pousse la chansonnette. Arrivés sur l’île au décor enchanteur, nous sommes invités par de charmantes hôtesses en habit traditionnel à déguster du miel de longanes, des fruits exotiques et du thé, tandis que celles-ci nous accompagnent de chants traditionnels. Une des hôtesses passe alors de table en table pour vendre du miel et ses produits dérivés. Bizarrement, M. et Mme R. jettent leur dévolu sur la bouteille de miel la plus petite, et laissent de côté la crème de beauté à base de gelée royale, nettement plus chère. Pourtant assure la vendeuse, « it is made skin fresh » (cela ne nous rassure pas plus). Vient ensuite l’instant d’émotion forte où l’on nous propose de passer autour du cou un magnifique mais non moins impressionnant serpent. Chacun de nous se prête au jeu, plus ou moins serein, et se dépêche de s’éloigner pour reprendre la marche entre les gargotes des vendeurs ambulants (moins dangereux en apparence). Notre promenade aboutit à un nouvel embarcadère où s’agglutinent les barques et leurs rameurs, prêts à récupérer les touristes de passage. Nous nous engageons sur l’une d’entre elles, revêtons le traditionnel chapeau pointu pour faire plus couleur locale et partons faire un tour « en solitaire » (avec nos 25 amis et les 50 barques remontant à vide) dans les plantations de cocotiers.

L’île du phénix

De retour sur notre bateau, nous partons pour l’île du phénix où nous attend notre déjeuner « traditionnel » (du riz, un morceau de viande et 2 nems… courts les nems). Pour nous allécher, un beau poisson grillé de la région est présenté sous nos yeux mais il faut payer un supplément pour pouvoir le goûter. Après le repas, nous prenons connaissance des multiples activités proposées sur l’île : farniente dans un hamac (visiblement payant), pêche au crocodile (payante) et location de vélo (pas le temps). Les Roucouldoux se contenteront de siroter un café, puisque de toute façon, il ne reste plus qu’un quart d’heure avant de reprendre le bateau.

L’île de la tortue

Après une sieste sur notre bateau (toujours privé), nous débarquons sur l’île de la tortue où nous attend un nouvel atelier de dégustation, qui ravit d’avance Mme R., non contente d’avoir opté pour ce tour gastronomique. On assiste en effet à la fabrication des bonbons coco en moins de 5 minutes top chrono : « Venez par ici mon groupe. Ici, on épluche la noix de coco (la démonstration faite par le guide est écourtée puisque la machette est pour gaucher et qu’il est droitier…). Là, on presse la chair. Euh là ben on la fait cuire pour que ça fasse une pâte. Tenez goûtez, on a ajouté de la cacahouète (c’est là que Mme R. passe à l’attaque). Et là les femmes sont en train de les emballer. Voilà, qui veut en acheter ??? » Pour les hommes, il reste aussi la dégustation d’alcool de riz, de serpent, de bananes et autres liqueurs bizarres, mais malheureusement, il n’y a personne pour les servir et c’est payant. Ce sera pour une autre fois.

Aussitôt achevé l’atelier des bonbons, nous nous dirigeons vers une allée bordée de carrioles avec des chevaux décorés de pompons et de fleurs. Et c’est parti pour un tour à cheval où nous commençons à traverser le village… mais 500 mètres plus loin, voilà que la carriole fait brutalement demi-tour (soit on était pressé par le temps, soit notre tour ne comprenait que l’option « visite courte ») pour nous ramener au point de départ. 5 mins A/R montre en main.

En route pour Can Tho

Nous reprenons le bateau pour… zzz, zzz, zzz. Pardon, nous voici arrivés après le bus à Can Tho où nous découvrons nos chambres grand luxe (en tout cas mieux que celles que nous louons d’habitude) et nous avons quartier libre pour la soirée.

Le lendemain matin, après un lever très matinal, nous retrouvons notre groupe pour un petit-déj gastronomique dans une ambiance feutrée. Nous partons ensuite dans les rues animées de Can Tho pour monter sur un nouveau bateau (encore plus volumineux que la veille) et nous diriger vers la prochaine activité.

Le marché flottant

Nous avançons progressivement sur le fleuve, et Mme R. s’imagine déjà les barques chargées de fruits poussées par les rameuses que M. R. lui avait décrites, conformément à ses souvenirs de Thaïlande. Car nous arrivons au clou de l’excursion, le marché flottant faisant la renommée du delta. Au loin, on commence à avoir quelques bateaux collés les uns aux autres. Certains semblent être des bateaux de locaux vivant à bord (au vu des vêtements qui sèchent à la poupe). D’autres sont surtout les bateaux de touristes, venus assister au même spectacle. Quelques barques circulent entre les embarcations mais le marché a l’air bien calme… Il aurait peut-être fallu y être à la pleine heure d’affluence (soit 5h du matin). À défaut, M. R. en profite pour acheter à une rameuse un cà phê sữa đá (comprendre café froid au lait concentré).

Les nouilles de riz

Nous quittons le marché et repartons de plus belle pour découvrir un nouvel atelier de fabrication, mais cette fois il s’agit des nouilles de riz. Le chemin pour y mener est couvert de cosses de riz et nous arrivons dans un lieu rempli d’effervescence, tant par l’activité des gens préparant la pâte de riz que par les autres touristes déjà sur place. Chaque stand vaut le détour : Viet-Musclor qui tourne la farine de riz mêlée au manioc pour en faire une pâte collante ; Viet-Cuisto qui étale les crêpes de nouilles de riz sur un billig local ; Viet-Bambou qui récupère les galettes fraîches pour les étaler sur des grandes planches en bambou (et les faire sécher) ; Viet-Nouilles qui coupe les feuilles de riz en… vous savez quoi.

Balade bucolique

Notre dernière activité a lieu un peu plus loin et après un quart d’heure de bateau, nous voici déposés sur un petit lopin de terre où notre guide nous promet d’avance une promenade dans un cadre idyllique. Nous traversons une propriété dans un jardin arboré, avec des canaux grillagés et quelques fleurs de nénuphars (pas grand-chose à voir) pour arriver comme par hasard au point d’orgue de notre visite : la dégustation exotique. Au menu : rat, serpent, crapaud et oiseaux locaux (comprendre petits poussins fraîchement plumés). Tous ces animaux se baladent allègrement dans la propriété et certains ont la « chance » de mourir en direct sous votre nez (visiblement, le serpent n’a pas beaucoup apprécié). Attention, il s’agit de spécialités locales (payantes bien sûr) ! Nous goûterons une patte de raz (il a l’avantage d’être déjà mort avant d’être rôti), guère convaincus au début, mais tout compte fait, ça a le goût d’une bonne viande grillée au barbecue.

Nous rentrerons ensuite rapidement sur Can Tho pour déjeuner et prendre le bus du retour pendant 5 heures. Cette excursion, très touristique, restera imbattable pour le rapport quantité/prix (plus d’une dizaine d’activités de 15 mins en moyenne avec en prime 10h de transport pour 25 $ par personne)… mais pas pour la qualité. Il ne fallait honnêtement pas s’attendre à mieux vu le prix de la prestation, et nous avons choisi ce tour en connaissance de cause. Pour vraiment faire une excursion hors des sentiers battus, il faut mettre le prix fort (400 $ pour nous deux)… On a été faibles (qui a dit radins ?). Heureusement au cours de l’excursion, nous avons eu la chance de rencontrer trois jeunes Vietnamiens, avec qui nous avons passé une soirée vraiment authentique cette fois.

La soirée vietnamienne

Au moment de boire le thé et de déguster le miel (souvenez-vous, dans les premières attractions), nous tombons sur une table uniquement remplie de touristes vietnamiens. Chacun se regarde en souriant et n’ose pas dire un mot, si ce n’est « Xin Chao » (bonjour) et « Cam on » (merci) quand on nous sert les mets. Néanmoins, un garçon un peu timide au visage sympathique ose aller un peu plus loin et nous demande d’où nous venons. Nous engageons la conversation et discuterons plusieurs fois avec lui dans la journée. Nam nous présente un peu plus tard ses deux collègues, Vy Thao et Vê Quoc, avec qui il est venu passer ses vacances dans le sud du Vietnam. Très vite, nous sentons que le courant passe bien et décidons de dîner ensemble. Nous nous donnons rendez-vous le soir et sortons chercher un restaurant où l’on peut déguster les spécialités de la région. Une fois arrivés sur les lieux, visiblement célèbres compte tenu de toutes les photos de stars vietnamiennes affichées sur les murs, nos amis passent la commande en s’enquérant de nos goûts : « vous aimez les grenouilles ? et le canard ? vous buvez de la tiger ou de la saïgon ? » On les observe alors parler vietnamien avec les serveurs, et apparemment poser plein de questions et commander des tas de plats. Nous leur faisons totalement confiance et nous amusons bien de cette situation cocasse. Arrivent alors au fur et à mesure lesdits plats : de la salade de mangue verte au poisson séché, de gros escargots farcis aux herbes et au poivre (petit souci de traduction sur les « grenouilles » qui sont devenus des escargots dans nos assiettes), une soupe énorme de canard avec du sang en gelée ! Nous allons de surprise en surprise et c’est un vrai délice ! On passe la soirée à trinquer (au Vietnam, on tient les baguettes dans une main, la chopine dans l’autre), à festoyer et discuter. Nos amis nous questionnent sur nos habitudes françaises tandis que nous les interrogeons sur les leurs. Nous finissons la soirée en allant nous promener sur la rive de Can Tho, histoire de digérer ce succulent repas. Nous passerons encore le lendemain ensemble, à partager à nouveau nos repas (notamment l’assiette de rat et de crapaud) et des fous rires. Nous nous sommes promis de revenir un jour au Vietnam et de passer voir Nam, Vy Thao et Vê Quoc dans le centre, à Danang.

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