La route

Arès 6 à 7 000 kilomètres effectués en 90 jours, nous avons pu avoir un bon aperçu des différents modes de transport qu’offrait l’Amérique du Sud. Il y en a pour tous les goûts mais préparez-vous à passer de longues heures sur la route…

Depuis les déboires de Mme Roucouldoux avec son sac, nous avons moins eu l’occasion de prendre l’avion et utilisons davantage les transports terrestres pour explorer le continent (et puis
« voler, c’est tricher »). Nous profitons justement d’un long trajet de bus Salta-Buenos Aires (21 heures assis, il faut bien trouver de quoi s’occuper) pour vous faire partager quelques anecdotes qui ont marqué notre parcours.

« Je pense que ça va pas le faire »

Lors de notre séjour dans la jungle amazonienne, M. Roucouldoux et deux autres touristes étaient partis avec leur guide manchot (il avait manqué de se sectionner un doigt après 5 minutes de trek) aller pêcher les piranhas. Une fois au bord du fleuve, le guide se mit à tester l’étanchéité des barques entreposées sur la rive, ce qui ne manqua pas d’inquiéter M. R. Il n’était pas difficile de constater la présence de trous dans les planches, et même sans être expert de la navigation fluviale, il semblait évident que le niveau de l’eau ne devait pas dépasser les rebords de la barque. Au bout de 10 minutes d’inspection précautionneuse et au moment où l’on s’apprêtait à faire demi-tour pour rentrer au campement, le guide fit signe au groupe de monter dans ces barques (imaginez plutôt des troncs d’arbres flottants).
M. Roucouldoux s’exécuta en grimpant le premier dans la barque, faisant ainsi rentrer l’équivalent de 3 seaux d’eau. Sur les conseils du guide, M. R. s’assit en tailleur pour tenter d’être plus stable et le guide lui tendit une tasse en lui demandant d’écoper, pendant qu’il s’installait à son tour. Et c’était parti pour passer 2 heures sur un lac infesté de piranhas, avec la canne à pêche dans une main, la tasse dans l’autre (et tous les appareils photos dans le sac à dos). Bizarrement, M. R. revint bredouille de sa pêche…

« Vous pouvez monter le son ? »

Pour retourner à Cuzco après la visite du Machu Picchu, nous avons entre autres fait une heure et demie de taxi dans la pampa péruvienne, serrés dans une boîte à sardines. En effet, nous étions accompagnés sur la banquette arrière d’un brave monsieur rebaptisé « Papito » par notre chauffeur sous stéroïdes, qui ne supportait pas d’avoir une voiture devant lui. Celui-ci passait donc le plus clair de son temps sur la voie de gauche, à klaxonner pour un rien, ce qui n’avait d’ailleurs pas l’air de déranger notre papi, paisiblement endormi sur l’épaule de M. Roucouldoux. Pour faire passer le temps, nous écoutions distraitement la musique locale que nous passait notre chauffeur : non contents de reconnaître un morceau des Black Eyed Peas, nous tentions un timide « Vous pouvez monter le son ? » dans notre espagnol le plus parfait, ce à quoi le chauffeur répondit en changeant tout bonnement de musique, puisque le morceau n’était pas à son goût… Nous avions donc fini par nous assoupir (n’ayant franchement rien d’autre à faire), quand soudain le chauffeur se mit à hurler à la mort et nous réveilla tous en panique, Papito compris. Les cris visaient en fait à imiter ceux d’une personne en train de sauter à l’élastique, puisque nous passions tout juste à côté d’un parc d’attraction. Ce devait être l’humour péruvien… nous n’avons jamais bien compris la blague.

« Tu vas voir, c’est vraiment pas cher »

Les colectivos représentent une façon de voyager économique en Amérique du Sud. Très utilisés par les locaux, il peut s’agir de voiture, minibus ou même de bateaux. Lorsque nous nous sommes rendus sur la plage de Llachón au Pérou, nous avons eu la bonne idée (en fait on n’avait pas d’autre choix) d’en emprunter un. On s’est donc dirigés vers la station de bus du coin, on a sauté dans le minibus stationné et prêt à partir et… on a attendu. Car oui, la règle numéro #1 de ce type de transport est la ponctualité. Mais la définition péruvienne du mot ponctualité (le dictionnaire bolivien donne la même version on a pu vérifier) ne fait pas référence à une notion de temps mais plutôt d’espace. En effet, le colectivo part toujours à l’heure où une personne entrera pour remplir les derniers cm3 respirables du véhicule. Résultat, rien ne sert de courir si vous vous rendez compte que le véhicule est loin d’être rempli. Mieux, vous pouvez même vous octroyer une petite balade, une partie de cartes, un déjeuner voire une bonne grosse sieste avant d’entendre le moteur ronfler. Et quand vous croyez que le départ est imminent (on est déjà à 13 dans un véhicule pouvant contenir 9 personnes), c’est là que le chauffeur déploie des trésors d’ingéniosité et vous montre qu’une 14e personne peut se loger entre votre cuisse, un carton qui sent drôlement, où on entend gémir à l’intérieur, et Pedro un type au sourire pas franchement rigolo. C’est assez rageant au début car on a l’impression que les chauffeurs se fichent de l’heure mais non, c’est simplement nous qui n’avons pas compris comment la lire.

« Comment on les attache, les sacs ? »

À Iquitos et même en hiver, le climat est torride et lourd. Beaucoup de gens se déplacent donc en utilisant des motos (sans casques bien sûr pour garder le brushing intact) et dans notre cas c’était la moto-taxi qui était d’usage. Pour quelques soles, on est transporté d’un bout à l’autre de la ville avec en prime une agréable sensation de vitesse vous caressant le visage. C’est en arrivant à l’aéroport que nous avons pris notre premier taxi à trois roues. Un chauffeur, très souriant, nous aborda pour nous amener au centre ville. Après un échange de regards entre eux (dit instant de communication télépathique), les Roucouldoux se demandèrent comment leurs deux énormes sacs à dos allaient pouvoir tenir à l’arrière du véhicule. En un tournemain, le chauffeur attrapa nos sacs, les fixa à l’arrière de la moto avec des gros élastiques et roulez jeunesse. Ayant compris notre émerveillement face à ce nouveau type de transport (en tout cas c’était notre première fois au Pérou) il proposa même de nous prendre en photo à l’intérieur de sa rutilante machine. Le public était conquis. Le soir, alors que nous finissions de dîner au restaurant (Fanning street très bonne adresse), un orage éclata et nous nous décidâmes à prendre une voiture. Sauf que non, la plupart des taxis à Iquitos sont des moto-taxis. L’équation à résoudre était alors la suivante : comment sous une pluie tropicale et à bord d’une moto pouvions-nous arriver secs à destination ? Réponse : malgré l’utilisation d’un pare-brise (bel effort mais l’assemblage de sacs plastiques transparents ne suffit guère) et d’un toit (la pluie, ça chasse) nous sommes rentrés mouillés mais hilares à notre hôtel.

« Il sert à quoi ce bouton ? »

En l’absence de réseaux ferrés développés, les bus occupent une place essentielle dans les déplacements de longue distance (et il y beaucoup de kilomètres à parcourir). Heureusement, il existe des centaines de compagnies de bus pouvant vous offrir différents niveaux de confort (moyennant finances), allant du vieux siège en bois bien dur au cama inclinable à 180° (où nous sommes actuellement). Il faut malgré tout se méfier des patronymes des compagnies. Derrière « Veloz del Norte » se cache un ancien bus en fin de vie, ne roulant pas à plus de 40 km/h. Les services offerts par « Virgen de Copacabana » comprennent le discours enflammé d’un prédicateur vous ventant les mérites du ginseng et de l’huile de foie de morue pour combattre les méfaits de l’alimentation des mangeurs de patates (« si les feuilles de coca préservaient du cancer, alors les Boliviens ne seraient jamais malades », « les Japonais, les Chinois et les Coréens qui prennent du ginseng sont tous centenaires », « si vous dormez avec la bouche ouverte, c’est que vous avez des parasites » : silence de mort dans l’assistance, suivi de l’achat compulsif du fameux remède). Une fois le tri fait parmi les compagnies de bus, vous pouvez encore être surpris par vos voisins. Ainsi M. Roucouldoux, après une sortie pour se dégourdir les jambes (en réalité un contrôle de stupéfiants par la police locale), a vu sa belle place près de la fenêtre occupée par une mamie bolivienne tout sourire lui cédant sa place au fond du bus, au milieu, et bien sûr sans ceinture. Les compagnies les plus luxueuses vous éviteront tous ces désagréments grâce à des places numérotées et tout le confort dont vous pourriez rêver sur n’importe quel vol long courrier (on n’a pas l’habitude de voyager en business). Repas servi sur place (voir menu ci-dessous), boissons fraîches (mais attention l’ordre est imposé : la boisson vient toujours en dessert), télé personnelle avec vaste choix de films (on soupçonne Peter Jackson d’avoir tourné Le Hobbit près du lac Titicaca, quand on voit l’appétit de Golum pour la trucha), bouton magique pour se retrouver en moins de 2 secondes en position horizontale, petite couverture, oreiller et rideau de séparation pour vous assurer une bonne nuit (bon, ça n’empêche pas d’entendre votre voisin ronfler mais c’est déjà bien). En général, deux chauffeurs se relayent pour effectuer le trajet, vos sacs laissés en soute ne seront rendus qu’en échange d’un ticket numéroté, et la vitesse du bus est affichée au vu de tous. Alors il faut bien l’avouer : on y prend vite goût.

Bref, il nous reste encore bien du chemin à parcourir en Amérique du Sud et les surprises ne vont certainement pas manquer. Prochainement, nous nous essaierons aux joies du camping-car pour traverser l’Argentine en famille.

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