Tea Time au Kerala

Notre grand plaisir en parcourant l’Inde est de s’offrir au moins une fois par jour un chai, ce thé au lait sucré brûlant au parfum épicé, préparé à la minute. À l’heure du thé s’associe donc un souvenir, un décor différent que nous avons décidé de vous faire partager.


Après notre semaine dans le Tamil-Nadu, nous avons changé de région et sommes passés par le Kerala. Si le Kerala est très connu pour ses paysages des back-waters très fréquentés par les touristes, il possède aussi d’autres richesses dont la culture du thé que nous n’avons pas manqué de découvrir.

Thekkady et l’art du kalari

Il est 17 heures. Après avoir pris notre traditionnel goûter autour de notre boisson favorite, nous partons à la recherche du centre d’arts martiaux de Thekkady, pour y assister à une représentation de Kalari. Depuis deux jours, nous sommes plongés dans la forêt vivant au cri des singes et bien loin des klaxons assourdissants de la ville. Quoi de mieux pour découvrir la culture locale autour d’un spectacle très particulier ? Le centre d’arts martiaux ne paye pas de mine à l’extérieur (on passe d’ailleurs devant sans s’en rendre compte), mais une fois à l’intérieur le ton est donné. Nous nous installons en hauteur autour d’une arène rectangulaire, d’où nous pouvons parfaitement observer les faits et gestes des jouteurs. Une ribambelle d’armes menaçantes semblant tout droit sorties d’un autre temps est disposée le long du mur, et dans un coin de la pièce, un jeune homme allume de minuscules lampes à l’huile en adressant une prière aux dieux devant l’autel. Les athlètes rentrent tous un à un dans la salle, en bénissant le sol de terre battue de la main, comme s’ils demandaient protection et victoire. S’ensuit une démonstration aussi rapide que violente des différents styles de combat : les glaives et les boucliers s’entrechoquent en faisant des étincelles, l’attaque au poignard est parée par un simple bout de tissu, et les cercles de feu ne font pas reculer nos lutteurs. Le Kalari est décidément plein de surprises. Mme Roucouldoux n’a d’yeux que pour ces beaux éphèbes, à la musculature sculptée et la peau brune huilée. M. R. lui rappelle gentiment de ne pas oublier de filmer les combats au lieu de baver devant la gente masculine. « En plus, ils ont la moustache ! Je croyais que tu n’aimais pas ma moustache ! »

Munnar et ses collines de thé

Il est 17 heures. Nous sommes arrivés plus tôt dans la journée à Munnar, ville qui n’a rien à envier à sa consœur du nord Darjeeling et compte parmi les plus gros cultivateurs de thé au monde. On le comprend rapidement dès que l’on entre dans la vallée en suivant une route qui serpente entre les champs de thé. Jamais nous n’avons vu plus beau vert depuis le voyage et l’on croirait regarder les rouleaux d’une mer onduler sur l’horizon, et faire des petits moutons. Au milieu de ces platebandes de feuilles, tantôt rectilignes, tantôt rondes, on aperçoit les cueilleuses en sari à l’ouvrage, ou portant leur énorme sac de jute pour ramener leur fraîche récolte. Nous apprendrons lors de notre passage que le thé noir, le thé vert et le thé blanc sont en réalité issus du même arbre : seule la sélection des feuilles et leur traitement après la cueillette permettent de différencier les trois variétés de thé.

La fin de journée est justement l’heure propice pour aller se promener dans les champs de thé sans trop souffrir de la chaleur. M. R. a décidé pour une fois de vadrouiller seul dans les environs, appareil photo à la main. La solitude n’est que de courte durée car celui-ci croise rapidement le chemin de trois jeunes collégiens sortant des champs de thé. Engageant la conversation, M. R. est mis à contribution pour tirer le portrait des garçons sous toutes les coutures : en groupe, en solo, en portrait, en photo de pied. Chacun se fait beau pour rouler des mécaniques devant son voisin. Un peu plus loin, M. R. s’arrête devant un camion garé sur le bas-côté. Son chauffeur est en pleine réparation mais salue malgré tout notre passant. Les camions en Inde, c’est tout un poème : mélange de kitsch, de religieux et de clinquant. Cette fois-ci, notre camionneur a pour patron Saint Georges, mais il aurait pu aussi choisir Krishna ou Jésus. Les décorations de fleurs colorées contrastent avec l’avertissement écrit à l’arrière du camion « Please, horn ! » (autrement dit en Inde, le klaxon est roi).

Fort Cochin et sa promenade sur le littoral

Il est 17 heures. Nous nous promenons le long de Mahatma Gandhi Beach à Cochin : quel moment magique ! On dirait que tous les couples et les familles indiens se sont donné le mot pour venir flâner sur la côte et profiter de l’air marin. Au début de la promenade, on ne peut rater ceux qui font la renommée de la ville : les filets de pêche chinois, au mécanisme complexe et intriguant. Nous nous asseyons sur un banc pour observer les marins à l’œuvre, remontant le long de poutres en bois pour faire descendre le filet dans l’eau, tandis qu’un enchevêtrement de pierres savamment agencées fait contrepoids à l’arrière. On se demande comment cette technique de pêche traditionnelle peut encore rivaliser avec la pêche industrielle. Mais la baie de Cochin perdrait de sa magie sans ce ballet de fils plein de désuétude. Nous reprenons notre marche pour dépasser les marchands de babioles en tout genre, postés au milieu des poissonniers prêts à vendre leur récolte à peine sortie des filets (du moins, c’est la promesse faite au chaland, même si l’odeur forte des étals soulève quelques doutes…). La baie résonne des cris des corbeaux, qui se réfugient dans les immenses arbres bordant l’allée. Au bout de la jetée, nous tombons sur un cycliste qui tient un drôle de cylindre harnaché à son vélo : il s’agit en fait d’un vendeur de thé ambulant ! L’occasion est trop belle pour ne pas se laisser tenter, et siroter le délicieux breuvage devant un coucher de soleil illuminant les saris des femmes assises sur la plage en contrebas.

Fort Cochin et le Kathakali

Il est 17 heures. Nous avons rendez-vous pour notre dernière après-midi à Cochin au centre d’art culturel pour un spectacle de Kathakali. Difficile de décrire cet art, tant il est complexe : mélange entre le théâtre et l’opéra, le Kathakali raconte l’histoire de divinités hindoues à travers chants, danses et mimes et chaque représentation dure normalement 9 heures ! Fort heureusement pour nous autres novices, le spectacle avait été réduit à 1 heure et demie, en préparant en amont le spectateur aux codes de cet art. C’est donc dans un théâtre de bois que nous découvrons en entrant les « coulisses » de la scène. Avant chaque représentation, les acteurs se maquillent devant le public et une fois le visage grimé, certains se font ajouter des postiches en papiers, fixés à la colle de riz (le plus drôle restant le nez en trompette de Shiva, ruinant tout effet de sérieux auquel pourrait prétendre cette divinité). Vient ensuite l’explication pas à pas de l’art de jouer, basé sur le déplacement des yeux et de toutes les parties du visage de manière décomposée, ainsi que les postures des mains servant de langage pour le spectateur averti. La démonstration des différents sentiments exprimés par le visage des acteurs est incroyablement drôle et nous soupçonnons ces performances d’être la cause de nombreux maux de tête à la sortie, tant leurs yeux tournent dans tous les sens et les muscles de leur visage sont sollicités. Nous voici parés pour essayer de décrypter l’histoire qui va suivre. Hélas, même si un résumé de l’histoire nous a été remis avant le spectacle, il nous reste difficile de bien comprendre ce que nous voyons. Mais la beauté des costumes, l’harmonie des chants mêlés aux tablas, et le comique des mimes nous auront enchantés et transportés dans une autre dimension.

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