À la découverte de Lhassa

En partant pour le Tibet, nous rêvions de voir Lhassa, ses temples bouddhistes et le toit du monde. Grâce à notre partenaire Atoutibet, nous avons passé une semaine intense à sillonner la région pour en découvrir les plus beaux sites. Dépaysement garanti.


Voilà bientôt 6 mois que nous étions sans le vouloir sur les traces de Bouddha, à visiter dans chaque pays où nous passions les temples érigés en son honneur ou admirer les différents styles des statues : du gigantesque Bouddha couché à Bangkok en Thaïlande,  au Bouddha Avalokiteśvara dans la citadelle d’Angkor Thom au Cambodge, ou encore les yeux de Bouddha éclairant les stupas népalaises, nous n’avons cessé d’observer l’omniprésence du bouddhisme en Asie. Aller au Tibet constituait en quelque sorte un point d’orgue sur notre parcours, et nous pensions avoir fait le tour de la question… Nous avons été plus que surpris en arrivant à Lhassa et avons mesuré combien cette religion était complexe et très différente d’un pays à l’autre.

 Le palais du Potala

Quoi de mieux pour entrer dans le vif du sujet que la visite du Potala ? Ce palais, célèbre dans le monde entier pour ses bâtiments blanc, rouge et jaune et sa position dominante au-dessus de la ville, nous a fait forte impression dès notre premier jour d’excursion (rien qu’à regarder la volée d’escaliers à monter à 3700 mètres d’altitude, vous êtes déjà fatigués). En écoutant consciencieusement les explications de notre guide (car pour une fois, ce n’est pas à Mme Roucouldoux de faire la lecture de son Lonely Planet en courant derrière M. qui prend des photos), nous avons pris conscience de toute l’importance de ce palais-forteresse. Celui-ci symbolise à lui seul l’union du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel au Tibet, et sa construction a démarré au XVIIe siècle sous le règne du 5e Dalaï-lama, qui avait réussi à unifier le Tibet et imposer la secte des Bonnets jaunes comme religion d’État. Il a été ensuite utilisé comme quartier d’hiver du Dalaï-lama, jusqu’à la révolution culturelle. La première chose qui nous frappe en entrant dans le palais, et en particulier le hall d’assemblée où se réunissent les moines, c’est la fraîcheur des peintures et du mobilier. Tout semble avoir été peint récemment et les détails des fresques sont magnifiques. Et pour cause, la plupart des édifices tibétains (dont le Potala) ont subi de graves dommages sous le régime de Mao, il reste par conséquent peu d’éléments d’origine. Nous avançons progressivement en guettant la silhouette des habitants du palais. De fait, nous remarquons rapidement que les moines discrets sont souvent présents dans un coin de la pièce, se consacrant à diverses tâches : certains lisent les écritures saintes, un verre de thé au beurre de yack sur la table ; d’autres prient en faisant tourner leur long chapelet ; d’autres s’occupent de nettoyer les grands bougeoirs ; d’autres encore tiennent la caisse des donations (les pèlerins défilent partout et déposent toujours un petit billet en offrande), avec un chat ronronnant sur les genoux. Au grand dam de M. R., il est strictement interdit de prendre des photos d’intérieur, et nous n’aurons donc que nos yeux et notre mémoire pour immortaliser ces moments incroyables.

Au fur et à mesure que nous montons explorer les différentes chambres du palais, nous sombrons dans le labyrinthe sonore des différents personnages ayant marqué l’histoire du Tibet : le roi Songtsen Gampo qui a eu au moins 5 femmes, dont une princesse népalaise (Bhrikuti), une chinoise (Wencheng) et une tibétaine (on n’a pas retenu le nom et apparemment ce n’était pas la plus importante), le 6e Dalaï-lama Tsangyang Gyamtso qui avait réussi à profiter des plaisirs de la chair malgré le rigorisme religieux, le 10e Panchen-lama, Choekyi Gyaltsen, tout aussi important que le 14e et actuel Dalaï-lama mais absolument inconnu des Occidentaux… Mais s’il n’y avait que les hommes, ce serait relativement simple. Nous abandonnons définitivement tout effort de mémorisation après avoir vu une dizaine de représentations différentes de Bouddha, toutes aussi grandioses les unes que les autres (le guide sait bien sûr parfaitement les différencier, là où nous voyons toujours à peu près les mêmes statues), et en concluons qu’il doit sans doute exister un Bouddha pour toute cause à vénérer : le passé, le présent, le futur, la compassion, la médecine, la longévité, la sagesse, la puissance… De quoi perdre la tête !

Les pèlerins de Jokhang

Pour nous « reposer » les méninges, nous consacrerons l’après-midi à découvrir le temple de Jokhang, situé au cœur du vieux quartier de Lhassa. En dehors du fait qu’il s’agisse du premier temple bouddhiste construit au Tibet, qui plus est au centre d’un lac asséché (d’après la légende), ce temple nous a surtout marqué par l’intérêt que lui portent les pèlerins. En effet, c’est la première fois que nous avons autant ressenti la ferveur du peuple tibétain, qui n’hésite pas à démontrer sa foi soit en se prosternant devant le temple en continu (et quand on dit se prosterner, ce n’est pas la petite génuflexion, c’est le corps tout entier face contre terre, à tel point que les pèlerins ont développé un cal sur le front !), soit en faisant plusieurs fois le tour du temple avec des moulins de prière, soit en combinant prosternation et marche.

Le spectacle devient d’autant plus étonnant lorsqu’on voit les très jeunes générations (les rondes commençant dès 3 ans) imiter les plus vieilles avec un peu trop d’entrain. Le parvis du temple et la rue circulaire de Barkhor résonnent alors au son des litanies des pèlerins, et l’on est comme attiré par ce tourbillon de prières qui tourne toujours dans le sens des aiguilles d’une montre. Seuls les touristes (que l’on reconnaît de loin, armés de leur trépied et objectifs, tant le lieu est photogénique) osent remonter le courant en sens contraire. En repassant le soir pour voir la place illuminée, nous verrons encore de nombreux pèlerins se prosterner devant le temple, malgré le poids de la fatigue et les râles de souffrance, et restons admiratifs devant tant de courage et de dévotion.

Le monastère de Drépung

Le lendemain, nous partons un peu plus loin sur les hauteurs de Lhassa continuer notre visite des hauts lieux tibétains. Nos yeux novices commencent à s’habituer aux codes de l’architecture locale. Lorsque nous arrivons au monastère de Drépung, nous reconnaissons les trois couleurs symboliques sur les murs, les toits et les fenêtres des bâtiments : le rouge pour la sagesse, le blanc pour la paix, le noir pour la puissance. À l’entrée du monastère, nous ne pouvons nous empêcher de nous arrêter un moment devant les moulins de prière en bronze (présents dans tous les lieux de culte) que font tourner les hommes et femmes venus prier ce matin. Le son de roulis tantôt bien huilé, tantôt crissant a quelque chose de magique : on a l’impression en poussant à notre tour la poignée en bois usée du moulin d’accomplir un rituel millénaire et l’on se sent tout petit lorsqu’on sait que des millions de moines (oui, oui !) sont passés par ici avant nous. Le temps de reprendre notre souffle sous l’ombre bienvenue des arbres bordant l’allée, nous grimpons petit à petit vers les chapelles du temple.

Dès que l’on pénètre dans l’une de ces chapelles, on est immanquablement pris au nez et à la gorge par la forte odeur des bougies au ghee (beurre clarifié) mêlée à celle de l’encens, qui brûlent tous les deux dans les grands vases au pied des statues. L’éclairage de la pièce à la lumière des bougies participe à l’atmosphère mystique du lieu. La guide nous explique alors que lorsque les pèlerins ne peuvent pas offrir de beurre de yack (souvent très cher), ils offrent du ghee, ainsi que de la farine, du sel, du thé noir, de la bière, du vin, et d’autres éléments nécessaires aux rituels monastiques. Parfois l’odeur est tellement forte qu’elle en devient insoutenable (imaginez-vous un parfum de raclette entêtant dès 9 heures du matin…). Nous montons ensuite à l’étage d’une des nombreuses cours pour tomber sur un spectacle impressionnant : dans la cour en contrebas se trouve une toile gigantesque sur laquelle s’affairent deux hommes, armés de leurs crayons, pinceaux et compas démesurés. Grâce à notre vue en hauteur, nous pouvons apprécier toute la beauté du dessin qui se forme sous nos yeux : il s’agit d’un immense Bouddha (on reste dans le thème) qui ornera le futur thangka, cette pièce de tissu peinte déroulée lors du festival Shoton par exemple. Nous comprenons alors la fonction de ces grands murs repérés sur le flanc de la montagne au-dessus du temple : c’est là que sera déployée la peinture, afin que les pèlerins venus de tout le Tibet puissent venir l’admirer et se recueillir.

Les débats philosophiques de Séra

Une surprise de taille nous attend l’après-midi au monastère de Sera. Réputé comme lieu d’apprentissage scientifique, le monastère abrite de nombreux moines venus étudier dans les différents collèges. De 15 heures à 17 heures, on peut assister à de célèbres joutes oratoires durant lesquelles les moines s’entraînent à débattre de l’enseignement de Bouddha et de la philosophie bouddhiste. Dans sa tête, Mme R. s’imaginait déjà assister à une leçon de rhétorique digne de l’époque gréco-romaine, avec une assemblée siégeant sur les gradins et les rhéteurs au centre. En longeant les murs de la cour où sont regroupés les moines, on entend déjà l’ambiance battre son plein. Un mélange de bruits de claquements de main et de voix fortes s’amplifie à mesure que nous nous approchons.

Soudain nous passons l’entrée et tombons sur une soixantaine d’hommes en robe rouge en pleine agitation, au milieu d’arbres laissant s’envoler des centaines de petits pétales de fleurs. Les rôles semblent être distribués dans chaque petit groupe : une partie demeure assise sur des nattes, à observer leurs adversaires debout faisant de grands gestes. Le but de ce jeu verbal est de poser une question à son interlocuteur et selon la réponse donnée, on claque dans les mains d’une manière bien précise pour indiquer si le propos est recevable ou non. Soyons honnêtes, nous n’avons jamais su vraiment distinguer la réponse vraie de la fausse mais nous passerons un moment à nous régaler des mimiques tantôt agressives, tantôt joviales, tantôt impassibles des jeunes disciples. On est loin du silence recueilli régnant à l’intérieur des chapelles…

Ces premiers jours à Lhassa résument déjà bien à eux seuls toute la beauté et l’incarnation vivante du bouddhisme au Tibet. À chaque monastère, nous découvrons une nouvelle subtilité de cette religion et ne nous lassons pas de ces décors mystérieux et des gens les fréquentant. La suite de notre périple nous emmènera sur la route d’autres lieux sacrés pour les Tibétains, mais cette fois situés en pleine nature.

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