Farniente à Ishigaki

Petite devinette : savez-vous où se situe Ishigaki ? Il s’agit d’une des îles les plus méridionales de l’archipel du Japon (plus au sud qu’Okinawa et plus proche de Taiwan). Cela semblait tellement inaccessible qu’on s’est dit qu’il serait bête de pas aller y jeter un coup d’œil.


Aller dans les îles Yaeyama, c’est découvrir un autre Japon bien loin des images traditionnelles de ce pays. Pas de ville mégapole où il fait jour en pleine nuit, pas de torii à l’entrée des temples, pas de geishas à guetter au coin des rues… Pendant une semaine, nous avons vécu à un autre rythme, plus simple et surtout plus proche de la nature.

La tête sous l’eau

Lorsqu’on survole en avion l’archipel Yaeyama, situé à plusieurs heures de Tokyo (1950 km tout de même), on prend immédiatement conscience de l’importance de la mer. Les côtes des îles prennent des tons bleu turquoise virant au vert et laissent présager une vie marine riche autour des récifs coralliens. L’activité portuaire semble plutôt développée et l’on aperçoit déjà par certains endroits la mer pénétrer dans les terres. Une fois posés sur Ishigaki, nous n’avons qu’une idée en tête : aller sur la première plage venue pour tester la température de l’eau. Enfourchant nos vélos prêtés par le gérant de notre auberge, nous partons déambuler dans le port et remarquons que les habitants vivent avec la mer au quotidien. Beaucoup sont en train de retaper la coque de leur petit bateau dans un hangar, ou de nettoyer leur matériel de plongée. En avançant le long de la jetée, nous en profitons pour remplir nos poumons de l’air marin si pur qui nous avait manqués. Au loin des mouettes et des corbeaux crient tandis que nous nous posons à côté d’un groupe de jeunes ayant prévu de faire un barbecue pour la soirée. La marée est basse et laisse apparaître une côte sableuse recouverte d’algues et de nombreux bernard l’hermite qui cavalent à toute allure. M. R., très frileux en temps normal, se décide à aller tremper l’orteil dans les vagues avoisinantes. Test réussi : il est 18h passé et l’eau est encore chaude !

Le lendemain, c’est équipé de masques, tubas, combinaisons intégrales et palmes que nous partons explorer les fonds marins. Car si la faune aquatique de l’île est nombreuse, elle est aussi dangereuse… Dès l’aéroport et sur tous les lieux de passage, des brochures et pancartes vous informent sur les animaux à éviter de croiser et les traitements d’urgence en cas de contact. En gros, vous avez le choix entre les méduses, les poissons pierre, les serpents de mer, les anémones, les oursins venimeux et plein d’autres espèces sympathiques. Le remède miracle est apparemment le vinaigre (mais attention, il ne marche pas sur tous les animaux, sinon ce serait trop facile) et nous aurons donc systématiquement dans notre sac pendant toute la semaine une bouteille et des baguettes pour faire une salade de tentacules de méduse au cas où. En dehors de cet aspect quelque peu effrayant qui vous rend un tantinet paranoïaque dans l’eau, le snorkelling est un régal pour les yeux. Jamais nous n’avions vu autant de variétés de poissons depuis le début de notre séjour et à chaque baignade, nous avons l’impression de nager dans un aquarium géant. Nous hésiterons longuement à pousser plus loin en allant plonger en bouteille, car les conditions climatiques ne sont pas idéales, mais sachez que selon les saisons, vous pouvez croiser des raies manta ou des requins marteau ! Quand vous en avez assez de sentir la pression du masque sur votre nez, vous pouvez toujours lézarder sur le sable chaud. Les plages de l’île sont superbes, peu fréquentées (du moins en juin car nous sommes encore dans la saison des pluies) et bien desservies par le réseau de bus local. Nous avons même à l’occasion redécouvert la définition du mot « frustration » : la plus belle plage de l’île, nommée Kabira Bay, est interdite à la baignade parce que le courant est soi-disant trop fort (nous soupçonnons surtout la mafia des bateaux à fond de verre d’avoir fait main basse sur le spot).

Une nature luxuriante

En résidant à Ishigaki, nous avions la possibilité d’aller faire un tour dans les autres îles de l’archipel, facilement accessibles en bateau et toutes aussi dépaysantes. Il y en a pour tous les goûts : l’île d’Iriomote par exemple est réputée pour son écotourisme, sa jungle et les rares chats sauvages qu’elle abrite encore ; dans l’île Yubu, on perpétue plutôt la tradition en se déplaçant en charrette à buffle… Nous avons jeté notre dévolu sur l’île de Taketomi, située à 15 minutes de sa voisine Ishigaki. En arrivant sur ses côtes et en récupérant la carte des lieux, nous constatons avec plaisir que l’île est toute petite et que tous les déplacements peuvent du coup se faire à pied. Il y a un certain charme à se balader dans une île et se dire qu’en moins de 30 minutes, on peut arriver sur le littoral opposé. Tout le monde vit ici au ralenti (peut-être à cause de la chaleur accablante dès 9 heures du matin) et un air de vacances flotte dans l’air. En passant entre les maisons du village, nous repérons ici une balançoire, là un bœuf allongé dans l’herbe, là un petit garçon faisant des tours de vélo. Même s’il fait très chaud, le chemin est très arboré et nous nous promenons au milieu des palmiers, banians et pieds d’hibiscus, tandis que de magnifiques papillons butinent de fleur en fleur. Finalement, nous arriverons un peu plus tard sur une plage réputée pour ses grains de sable qui, grâce à l’érosion, forment de minuscules étoiles. Quoi de mieux pour occuper oisivement son après-midi que de chercher ces bijoux de la nature ?

Les jours suivants, nous varions les plaisirs de la promenade à Ishigaki en délaissant la plage l’après-midi pour aller découvrir l’intérieur de l’île, aussi luxuriant que la côte. Rien qu’en prenant le bus pour se déplacer, on prend conscience de la densité de la végétation locale. Le relief est légèrement vallonné, et fait penser avec ses champs de canne à sucre à certains paysages de l’île Maurice ou de l’île de Pâques. Dans l’ouest de l’île existe un petit village traditionnel où ont été conservées des maisons typiques (de pêcheur, de fermier, etc.) et surtout où une partie est réservée aux animaux endémiques. Nous passerons un bon moment à jouer avec les singes écureuils qui sont un doux mélange entre petits lémuriens et adorables peluches. Néanmoins, il faut rester vigilant car ces petites bêtes agiles grimpent partout sur vous et vous font les poches, à la recherche de nourriture. Un peu plus loin, nous découvrons la mangrove qui occupe une bonne partie de l’île. Cet espace, entre terre et mer, est fascinant par la forme de ses arbres-racines et l’activité de l’écosystème vivant tout autour. M. R. se régale à photographier tous les différents types de crabes et crustacés que madame repère pour lui : crabe à grosse pince, crabe à pinces rouges, crabe noir, coques, tritons et oiseaux. Le sol ne cesse de bouger quand on prend le temps de regarder, et ressemble à un gruyère avec tous ses trous creusés pour servir de refuge aux animaux.

Cette pause dans les îles aura enrichi les multiples facettes du Japon que nous avions déjà découvertes, et aura été un vrai moment de repos, idéal pour recharger les batteries avant le retour au pays.

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