À l’ouest de la Thaïlande

Après Bangkok et son activité incessante, changement de décor : nous partons explorer l’ancienne capitale de la Thaïlande et faire un crochet par la province de Kanchanaburi pour dire bonjour aux éléphants. Dépaysement garanti !


Découvrir ces deux régions nous a permis de remonter dans le temps. Entre les ruines d’une ancienne cité khmer et le célèbre pont de la rivière Khwae (prononcer Kwaé et non Kwaï), il s’est écoulé des siècles mais les vestiges sont toujours là, et entretiennent la mémoire de toute une histoire.

Sur les traces d’Ayutthaya

Après une heure et demie de train, nous voici arrivés à Ayutthaya et une fois les sacs à dos posés, nous nous mettons rapidement en route pour aller visiter autant de temples que possible. Et on a du pain sur la planche : cette ville contient une cinquantaine de temples encore debout sur les 1700 existant au XVIIe siècle ! Afin de ne pas trop nous disperser, nous nous faisons indiquer par notre auberge les sites les plus remarquables et choisissons de les faire à pied dans un premier temps. Heureusement pour nous, la plupart des temples sont concentrés au cœur de la ville, elle-même entourée par 3 fleuves. Pour la petite anecdote historique, Ayutthaya était entre le XIVe et le XVIIIe siècle le centre du pouvoir de l’empire thaï, qui s’étendait sur l’Asie du Sud-Est. Elle a même intéressé les Européens, notamment Louis XIV, pour son commerce international. En permanence en conflit avec la Birmanie, la ville a fini par tomber en déclin et être rasée par son ennemi birman en 1767 (d’où par la suite un déplacement de la capitale vers l’actuelle Bangkok… et oui, tout se recoupe, c’est magique !).

Dès que nous arrivons au Wat Mahathat (Wat signifiant « temple »), nous sommes étonnés de ne plus du tout reconnaître l’architecture que nous avions vue à Bangkok. Point de mosaïque, de murs dorés, de statues chimériques. Au contraire, le style nous fait davantage penser aux temples d’Angkor, et pour cause, la ville a été fortement influencée par les Khmers. Mais surtout, la grande différence est que nous sommes sur des sites qui ont subi les ravages du temps, et dont il ne reste bien souvent que des ruines. Malgré tout, se promener au milieu de ces colonnes et murs à moitié recouverts par la végétation a son charme. Nous restons bouche bée devant la célèbre tête d’un bouddha entièrement encastrée dans les racines d’un arbre, comme si elle ne faisait qu’un avec la nature. Sur un autre temple où pour une fois, nous sommes tous seuls (cela nous change de Bangkok, où les sites étaient pris d’assaut par les Chinois, Américains ou Européens, guides à l’appui), nous en profitons pour gravir les immenses « prangs », sortes de grandes tours qui servaient d’autels pour des rituels ou pour recueillir les cendres des rois. D’ailleurs, dans l’une d’elles était caché un magnifique trésor, qui a été récemment découvert et pillé par des voleurs qui avaient réussi à soudoyer la police chargée de garder le site (comme le lot de bon nombre de trésors, hélas…). Des 100 kg d’or répertoriés au moment de la découverte, il ne reste plus que quelques pièces exposées au musée national. À défaut du trésor et des voleurs, nous avons croisé des pigeons roucoulant (comme par hasard) et admiré des fresques à la lampe petzel, dans une ambiance d’Indiana Jones.

Mais la meilleure surprise de la journée nous attendait en fin d’après-midi, à proximité du dernier site que nous avions prévu de visiter. Cherchant l’entrée du temple, nous croisons un Thaï d’une soixantaine d’années, à qui nous demandons notre chemin, et remarquons qu’il y a visiblement une fête en train de se préparer. Notre homme nous invite en effet à repasser dans le coin un peu plus tard, pour profiter des divertissements. Nous filons donc admirer les décors de stuc et autres sculptures prenant une teinte rosée au crépuscule et revenons sur nos pas, histoire de jeter un œil. Et là, comme par magie, notre petit papi, de son petit nom Uthaï, nous retrouve et décide de nous prendre sous son aile pour le reste de la soirée. Nous apprenons donc, grâce à ses explications, qu’il s’agit d’une fête de quartier annuelle organisée par la Croix rouge locale, et les habitants cuisinent gratuitement pour la communauté. Uthaï, tout content de pouvoir pratiquer un peu l’anglais qu’il a si peu l’occasion de parler, veut nous faire goûter toutes les spécialités. Les petits plats s’enchaînent, les serveuses derrière leurs stands plaisantent en nous voyant et tiennent absolument à ce que nous testions leurs plats. Nous discutons également avec l’épouse d’Uthaï, professeure à l’université d’Ayutthaya, et admirons les costumes traditionnels que portent les femmes pour l’occasion. Bref, nous ne voyons pas le temps passer et sommes ravis de pouvoir partager du bon temps en toute simplicité avec les locaux. Uthaï aura même la gentillesse de nous ramener en voiture à proximité de notre hôtel et nous demande de garder le contact avec lui (il est féru d’histoire, adore Napoléon et rêve de pouvoir venir un jour en Europe !). Cette simple rencontre restera l’un de nos plus beaux souvenirs de la Thaïlande. Le lendemain, nous enfourchons des vélos loués à l’hôtel pour aller voir cette fois les temples situés à l’extérieur de la ville. Le chemin n’est pas des plus évidents et fait dresser les cheveux sur la tête de Mme R., car il faut pédaler à côté des voitures et autres véhicules, traverser des 4 voies, franchir des ponts où tout le monde roule très vite, bref… vivre dangereusement. Mais le jeu en vaut la chandelle. Les temples que nous découvrons sont encore plus majestueux que ceux vus jusqu’ici, notamment le Wat Yai Chai Mongkhon, rempli de centaines de statues de Bouddhas, toutes parées de tissus jaunes et d’or (et oui, il faut bien coller encore quelques feuilles d’or quelque part…) ! Bilan de cette expédition : 8 temples visités et 1 rencontre incroyable en 2 jours. Pas si mal !

The Death Railway

Nous quittons Ayutthaya pour partir plus à l’ouest dans la province de Kanchanaburi, et la route n’est pas si simple à faire. Première étape de la journée : trouver l’arrêt où prendre le bon minibus. Et là ça se corse : nous avons bien le nom de la rue, que nous arpentons chargés comme des mules, mais rien ne ressemble ni de près ni de loin à un terminal ou une station de bus. Après quelques baragouinages en thai/anglais/gestes, nous atterrissons devant un genre d’abri avec un banc et surtout aucun panneau (qui aurait été en thaï de toute façon) pour confirmer qu’on est bien au bon endroit. Et 5 minutes plus tard débarque un minibus avec le numéro qui nous intéresse. Nous montons à l’avant, en tassant les sacs derrière sur les genoux d’une mamie et d’une autre femme et c’est parti pour 1 heure et demie de route. Arrivés à la gare routière où nous devons prendre un second bus, nous nous apprêtons à payer et… tiens les prix ont changé ! Nous avions par malheur oublié de demander en montant à combien revenait le ticket et celui-ci a doublé de tarif, sous prétexte que nos sacs comptent pour deux. Bref, nous rouspétons mais ne pouvons plus faire grand-chose et nous dépêchons de payer pour enchaîner avec le bus suivant. Cette fois-ci, nous sommes plus méfiants et pas de mauvaise surprise. Nous arrivons donc à destination après 5 bonnes heures de bus.

La ville de Kanchanaburi est célèbre avant tout pour le fameux pont de la rivière Khwae, construit pendant la Seconde guerre mondiale. La voie ferroviaire reliant la Thaïlande à la Birmanie existe toujours et reste un symbole fort de l’histoire tragique du pays. Les Japonais, qui avaient décidé de faire construire le pont en 12 mois, alors qu’il aurait fallu 5 ans, ont utilisé les prisonniers de guerre alliés et la main-d’œuvre locale et ainsi perpétré un véritable génocide. Il se trouve qu’au moment de notre passage avait lieu un festival célébrant l’histoire du pont. Nous avons donc sauté sur l’occasion le soir même pour aller découvrir les lieux et traverser la rivière en marchant sur ces planches de bois si terribles. Lors du dîner, nous avons pu assister à un spectacle son et lumière qui ne lésinait pas sur les feux d’artifice et autres explosions pour retracer les grandes heures du pont. Mais ce qui nous a le plus marqué restera la visite le lendemain matin d’un des multiples cimetières de guerre, où sont rassemblées non moins de 7000 tombes d’Alliés morts pour la construction du chemin de fer. Un sentiment étrange nous envahit en lisant les plaques des soldats de bataillons divers (d’Amérique, d’Australie, d’Angleterre, de Hollande et de Thaïlande), leurs âges (très rarement au-dessus de 25 ans) et les témoignages d’amour des familles.

L’expérience Ganeshapark

Après cette halte à Kanchanaburi, nous devons reprendre rapidement la route pour aller à Thong Pha Phum (très simple à se rappeler et encore plus sympa de demander aux gens si on est sur la bonne route), où se trouve la réserve d’éléphants que nous avons prévu de visiter. Le trajet de bus reste pittoresque à mesure que nous nous enfonçons dans la cambrousse. Les gens se font déposer n’importe où, certains à côté d’une 4 voies, d’autres à proximité d’une rizière… M. R. a la chance de partager les 3 heures de trajet avec un moine fumeur ( !) qui s’enfile d’une traite, sous ses yeux ébahis, deux flacons de sirop pour la toux. Soit les doses des médicaments sont très diluées en Thaïlande, soit il y a autre chose que du Toplexil dans le flacon ou alors le moine est parti pour avoir un sérieux problème… de diabète ! Nous finissons par arriver avec la fesse bien aplatie à destination et le responsable de Ganeshapark vient nous chercher pour faire les derniers kilomètres dans la jungle. C’est un joyeux personnage, mélange de grand sage aux longs cheveux blancs et des « Bronzés » pour l’humour. Cet amoureux des éléphants nous explique tout de suite qu’il ne s’agit pas d’un « parc », mais plutôt d’une grande « maison familiale avec 4 éléphants ». En effet, pas moins de 30 personnes (les familles des mahouts, les dresseurs d’éléphants) vivent autour des animaux. Depuis notre arrivée en Thaïlande, nous avions envie de rencontrer ces grands mammifères, mais dans un cadre où les animaux sont respectés et surtout pas exploités pour le tourisme de masse. Or il existe très peu de structures de ce type, car beaucoup de centres « recueillent » des animaux (notamment les tigres) pour les droguer et servir d’attraction. Nous sommes donc très contents d’avoir finalement réussi à obtenir un créneau pour venir au bout du monde et partager le quotidien d’un éléphant en « maison de vacances », comme dit François. Nous faisons la connaissance d’autres Français venus passer deux jours aussi au camp.

Le lendemain matin à 7h30 précises, la journée démarre au son de « Ça plane pour moi » de P. Bertrand, histoire de mettre tout le monde de bonne humeur. Une fois le petit-déjeuner avalé, nous partons donner le premier repas de la journée à Mee Ta, la plus vieille des éléphantes (il n’y a que des femelles, moins dangereuses car elles n’ont pas de défenses) mais aussi la dernière arrivée. Celle-ci ne cesse de se balancer de gauche à droite, et François nous explique qu’elle est encore très stressée. Amaigrie, la bête essaye de trouver ses marques tandis que les mahouts la requinquent. Il faut dire qu’elle est arrivée dans un triste état, au bord de la mort. Elle n’a plus de dents, donc c’est régime bananes pour la matinée ! La sensation de fourrer les bananes dans la grande bouche baveuse et douce de l’éléphante a de quoi rebuter certains mais une fois le premier pas fait, c’est plutôt amusant. « Les éléphants n’ont qu’un seul repas par jour : de 0h à 24h » nous dit en plaisantant François. Laissant Mee Ta manger à son rythme, nous partons accompagnés des mahouts chercher les 3 autres éléphantes restées dormir dans la forêt. Chaque couple a le droit de choisir son éléphant parmi Yani (la plus rapide), Sengdao (la plus cool) et Tongdeng (la plus capricieuse). Évidemment, M. R. jette son dévolu sur Yani et grimpe astucieusement grâce à la patte tendue de l’éléphant sur son dos. Et le voilà parti pour une marche d’un bon pas vers… le lac ! Mais M. R. découvre très rapidement à son grand regret que les éléphants sont poilus, mais du genre balai brosse. Autrement dit, ça pique les jambes (et l’entre-jambe), même quand on a un sarong (qui ne survivra pas à cette journée) et une toile de jute pour se protéger. Lorsque l’on arrive au grand bain, c’est un moment magique. Tout le monde se met (plus ou moins rapidement) à l’eau, les hommes sur les éléphants n’ayant guère le choix car l’éléphant adore se baigner ! On a l’impression de redevenir des gamins et jouons à grimper sur la trompe de l’éléphant qui nous propulse avec une force décuplée 2 mètres plus loin. Mme R. raffole de ce moment de complicité, et frotte consciencieusement la tête et le dos de son éléphante pour hydrater sa peau parcheminée.

Puis vient l’heure du déjeuner, où nous admirons l’intelligence de ces animaux capables en un tour de trompe de vous arracher les feuilles d’un ananas et de casser un bananier pour ne manger que son cœur. Le moment le plus drôle de la journée restera la sortie mémorable du bain de l’après-midi, où M. R. confortablement installé sur Yani, s’est retrouvé pris au piège au moment où l’éléphante s’est aspergée de boue. Mais comme ce n’était pas suffisant, l’animal a profité de tous les arbres rencontrés sur le chemin du retour pour étaler son « soin » sur sa peau délicate et se gratter l’arrière-train. Sans compter les nombreuses farces des mahouts à l’encontre de M. R., devenu le parfait et impuissant bouc émissaire (il avait du mal à se faire comprendre de Yani). Pour nous remettre de nos émotions, nous avons fini la journée par une promenade en barque sur la rivière, le coucher de soleil en prime ! Nous garderons un excellent souvenir de cette journée et des yeux humains pleins de sagesse de ces mammifères.

This is a unique website which will require a more modern browser to work!

Please upgrade today!