Sawatdee Khrap Bangkok

La Thaïlande était l’un des pays qui nous faisaient le plus rêver, surtout par – 4° en plein altiplano : à nous les plages de sable fin, les massages pour trois fois rien, les temples dorés magnifiques… Mais avant de nous diriger vers le sud, nous avons pris nos marques à Bangkok et eu un premier aperçu haut en couleurs.


Beaucoup de gens n’aiment pas rester longtemps à Bangkok, une ville qui a mauvaise réputation pour sa pollution, son désordre incessant, ses embouteillages. Pourtant, nous y avons passé 5 jours et trouvé que cette ville ne manquait pas de charme.

Hello my friend

Dès notre arrivée à l’aéroport, M. Roucouldoux prend les choses en main pour nous mener au centre-ville, en bon époux organisé et surtout parce qu’il a déjà eu la chance de venir faire un tour par ici. Nous nous dirigeons vers la station de taxi où tout a l’air de fonctionner comme sur des roulettes : chaque chauffeur attend en file indienne un client tandis qu’un employé accueille les passagers, leur remet un document officiel et leur attribue un taxi. Nous montons dans le taxi, et là commence la tentative d’arnaque (à laquelle nous nous étions préparés, sachant que les Thaïs sont très forts à ce petit jeu). « Taximeter » dit fermement M. R. « No, it doesn’t work. 500 Baht » rétorque le chauffeur (un refrain que nous allons souvent entendre les jours suivants). Nous feignons de sortir du taxi pour en trouver un autre où le taximètre fonctionnera et comme par magie ce dernier se met à afficher en leds rouges le prix de la course. Et c’est parti pour 2 heures dans les bouchons thaïs… Bienvenue à Bangkok !

Une fois arrivés à Khao San Road, la grosse rue touristique et commerçante où sont regroupés tous les logements de backpackers, nous nous mettons en quête d’un logement convenable sans difficulté. En revanche, à partir de ce moment-là et jusqu’à ce que nous quittions la ville, nous sommes régulièrement abordés (en gros tous les 2 mètres) par quelqu’un lançant un « Hello my friend ». Seule la suite varie et nous avons fait un classement des meilleurs bobards tant les Thaï excellent dans l’art de l’entourloupe. Voici nos meilleurs pipoteurs :

1) Le vendeur de sarong

Alors que nous cherchons à nous rendre à un marché dans un quartier un peu éloigné du centre, un vendeur de sarong à proximité d’un temple nous aborde par le traditionnel « Sawatdee khrap ». Il engage alors vivement la conversation pour savoir d’où l’on vient (ça tombe bien sa sœur vit en France), combien de temps on reste en Thaïlande (c’est dingue il est déjà venu à Paris), ce que nous voulons visiter à Bangkok, etc. Très serviable, il sort alors une carte de la ville. Et soudain c’est le drame, il nous annonce que malheureusement le marché que nous lui indiquons est un marché… de nuit, et qu’il n’a aucun intérêt de jour. Ben oui c’est ballot ! Nous ferions mieux d’aller plutôt à cet autre marché mais qui est tout aussi loin. Il réfléchit une minute pour nous trouver une solution. « Mais attendez, ça tombe bien, j’ai un ami chauffeur de tuk-tuk juste à côté qui peut vous y emmener pour pas cher. » On tourne la tête et au loin on aperçoit « l’ami » nous faire des signes et crier « cheap, cheap ». Le monde est bien fait, qu’ils sont sympas ces Thaïs. Sauf qu’il faut comprendre « Sheep sheep » et qu’il s’agit d’une arnaque où le complice chauffeur vous fait passer par des magasins où il touche une commission et que notre marché de nuit lui fonctionne en fait très bien la journée.

2) Le type au drapeau jaune

Nous rencontrons ensuite un couple de Français qui nous raconte leur mésaventure avec un chauffeur de tuk-tuk, ou plus exactement les drapeaux jaunes. Nos amis avaient décidé de simplement marcher pour aller visiter un temple et il faut savoir qu’à Bangkok (et même dans n’importe quelle ville), il paraît inconcevable pour les Thaïs que vous puissiez avoir envie de marcher. Quel est l’intérêt quand vous pouvez vous payer un transport ?! Ces derniers se font donc rapidement arrêter par un type dans la rue, l’air de rien. Après les traditionnelles questions sur leur origine, l’homme leur demande ce qu’ils cherchent : « le temple Wat… », « Ah, mais il est fermé aujourd’hui et en plus c’est loin. Par contre, comme c’est l’anniversaire du roi, vous verrez que les tuk-tuk avec un drapeau jaune font des courses moitié prix et un tour de la ville à 40 Baht (au lieu des 200 habituels). » Puis il disparaît, laissant seul le couple qui reprend sa route. Un peu plus loin, un chauffeur de tuk tuk avec un drapeau jaune (truc de ouf !) s’arrête à leur niveau et les hèle. Nos amis décident de continuer leur route, se demandant si cette histoire de drapeau jaune n’est pas réelle… après tout. Puis réapparaît soudain le premier type qui leur demande d’un ton bien plus agressif pourquoi ils n’ont pas pris de tuk-tuk jaune, et finit par les traiter de touristes stupides. Enfin plus d’un kilomètre plus loin, en rentrant dans un parc, un homme en uniforme les aborde pour de nouveau leur parler des drapeaux jaunes…pfff !

Mieux vaut donc se tenir sur ses gardes et prendre avec le sourire ces escarmouches. La négociation pour réussir à trouver un transport au prix « honnête » devient alors un véritable défi. Sur 5 jours, nous n’avons jamais pris de tuk tuk, bien trop chers pour les trajets à effectuer et dû essuyer près d’une cinquantaine de refus des taxis, soit parce que la course ne les intéressait pas, soit parce qu’ils refusaient de mettre le compteur. Mais moyennant quoi, nous sommes toujours arrivés à bon port (on ne compte pas les heures dans les embouteillages).

Des bouddhas, en veux-tu en voilà

La ville de Bangkok contient un nombre impressionnant de temples, dont beaucoup sont concentrés autour du palais royal et du fleuve Chao Phraya. M. R. avait beau avoir prévenu Mme sur la beauté et la taille démesurée des bouddhas présents à l’intérieur des temples, mais voir un Bouddha couché long de 46 mètres de long reste époustouflant. On se demande encore comment les architectes ont pu faire rentrer des statues aux dimensions colossales dans un bâtiment (ben ils ont construit autour de la statue), et avec des positions diverses et variées. Nous avons donc fait plusieurs sites à Bangkok pour admirer la grandeur des monuments et la richesse des sites. Si l’on devait récupérer toute la feuille d’or utilisée pour décorer les ornements des toitures et des statues, on n’imagine pas le nombre de lingots d’or que cela pourrait représenter. Tout brille de mille feux, même la plus simple petite corniche d’un coin caché du temple est au minimum ornée de miroirs ou de mosaïques. Les décors sont d’ailleurs tellement chargés qu’il est difficile de savoir où poser l’œil pour embrasser la complexité de l’architecture. Mais s’il n’y avait que l’or et les bouddhas, ce serait facile. La plupart des temples ont aussi leurs gardiens à l’entrée et sur différentes stèles. Créatures mythologiques, mi-humaines mi-oiseau, lions féroces, singes, chimères, tout est bon pour impressionner le moindre passant un peu étourdi qui a oublié qu’il était dans un lieu sacré et qu’il devait honorer Bouddha. D’ailleurs, le temple le plus imposant Wat Phra Kaeo, comprend aussi à l’intérieur de ses murs sur plusieurs kilomètres des fresques magnifiques retraçant l’histoire des divinités Sita et Rama. Sur certaines scènes, on remarque que les restaurateurs ont parfois un peu transformé les visages, qui ressemblent bizarrement à des personnages de mangas ou de Walt Disney (on jure avoir vu Ariel de « la Petite Sirène » à un moment), mais dans l’ensemble, les fresques sont bien conservées.

Le temple qui aura sans doute le plus marqué Mme R. est celui de Wat Arun, qui a la particularité de se situer au bord des rives du fleuve. Très connu pour sa silhouette majestueuse à l’aube, ce temple se constitue essentiellement de grandes tours appelées « prangs », dont on peut grimper les différents étages. Mais à quel prix ! Lorsqu’on est tout en bas, la vue de toutes ces marches raides est assez imposante… Mais ce n’est rien une fois que l’on démarre l’ascension. Ce fut un grand moment de frisson pour Mme R. d’arriver jusqu’en haut, admirer la vue, et surtout redescendre les marches (bien sûr toutes inégales et très très très petites) sans finir par terre plus vite que prévu ! Heureusement il y avait un spectacle de danseuses à proximité du temple : de quoi motiver les troupes pour ne pas passer 3 heures à paniquer pour rien et bloquer l’escalier.

Le discours d’un roi

Notre passage coïncidait avec l’anniversaire du roi Bhumibol Adulyadej (ou Rama IX), âgé de 86 ans et considéré quasiment comme un dieu vivant en Thaïlande. Il faut savoir que le peuple chérit son roi, et celui-ci a le règne le plus long du pays. Bhumibol a effectivement beaucoup œuvré pour les Thaïs, en particulier les couches sociales les plus basses, et s’est déplacé partout dans le pays pour rencontrer ses sujets. Nationalisme rime ici avec respect et ne vous avisez surtout pas de critiquer le roi en discutant avec un Thaï, car il pourrait très mal le prendre. L’anniversaire du roi nous a donc valu quelques surprises et a d’autant plus animé les rues déjà bien remplies de Bangkok. Tout a commencé tôt le matin du 5 décembre, par la voix du roi retentissant sur tous les postes de radio et de télévision des bars/restaurants/boutiques. Chaque Thaï était assis religieusement et écoutait voire prenait en photo avec son smartphone le roi en train de faire son discours officiel, et interdiction de parler en même temps. Puis en fin d’après-midi, nous avons assisté à un défilé militaire devant le palais royal suivi de la sortie en trombe du roi, à l’arrière de sa voiture avec son épouse. Enfin tous les Thaïs se sont retrouvés sur une grande avenue ressemblant à nos Champs Elysées pour allumer des bougies jaunes (la couleur du lundi, jour de la naissance du roi) ou roses (la couleur du mardi, porte-bonheur pour la santé du roi), et agiter des drapeaux. Et la soirée a continué en feux d’artifice et lâchers de lanternes dans le ciel de Bangkok. Mais le plus drôle pour nous a été de découvrir l’omniprésence du respect envers le roi, dans la vie quotidienne des Thaïs. Par exemple, il ne faut jamais plier (ou pire déchirer) les billets de banque au niveau de la tête du roi, sachant qu’il est à l’effigie sur tous les billets et pile au milieu (pas si facile). C’est un outrage irréparable, qui peut vous causer de graves ennuis. Il ne faut pas critiquer ou se moquer du roi en public, même si on le voit partout en photo en train de prendre des poses loufoques : le roi à la plage, le roi faisant la lecture, le roi photographe, le roi champion de badminton, le roi avec sa femme (c’est quand même le tableau le plus sérieux et le plus répandu), le roi auprès des personnes âgées, bref… LE roi par excellence. Enfin le plus étonnant reste le garde à vous durant l’hymne national : à chaque fois que vous entendez jouer cet air, vous devez vous lever droit comme un I, faire silence et arrêter toute activité (c’est le cas par exemple au cinéma, avant chaque générique de film… autant le savoir). Cela nous a valu une situation cocasse lors d’un dîner : au moment de payer l’addition, M. R. tend la monnaie à la serveuse qui se fige instantanément, tandis que la lumière s’éteint et que l’hymne retentit. Tout le monde se lève (nous aussi, pour ne pas faire de faux pas) et attend que l’air soit fini pour reprendre son activité comme si de rien n’était.

Même si le roi est adulé, il ne faut pas oublier que le gouvernement est victime d’une grande corruption, que les mouvements politiques tendent à dénoncer. Dès le lendemain de l’anniversaire du roi, des manifestations qui avaient déjà commencé avant notre arrivée ont repris de plus belle, et autant dire qu’elles sont très suivies à Bangkok. Nous avons donc pu voir défiler cette fois les chemises jaunes, essentiellement concentrées sur la capitale, mais les chemises rouges, soutenant l’ex premier ministre exilé Thaksin Shinawatra, sont tout aussi présentes dans le reste du pays. « Mieux vaut d’ailleurs éviter de porter l’une des deux couleurs et de se mêler à la foule, car on ne sait jamais comment peuvent finir ces événements » nous a recommandé un Thaï dans le train, voyant M. R. en tee-shirt… rouge. À bon entendeur !

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