Sur les chemins de Santiago

Vous voulez grimper les flancs d’un volcan enneigé et déguster un verre de vin rouge chez un vignoble à deux jours d’intervalle ? C’est possible au Chili, à condition de passer un peu de temps au sud de Santiago.

La région au sud de Santiago offre mille et un visages, selon ce que vous recherchez et le nombre d’heures de bus que vous êtes prêts à affronter : à moins d’une heure de la capitale, vous vous retrouvez au milieu des vallées viticoles avec des collines de vignes à perte de vue. En vous éloignant davantage (10h de trajet), vous arrivez dans la région des volcans et des rivières, paradis des loisirs de montagne. Nous avons donc décidé de profiter de toutes ces richesses de la terre chilienne, avant de remonter sur Santiago.

Les joies de la pagaie

Pucón est une petite ville touristique qui sert de point de départ pour les randonnées sur les sommets des alentours, mais également pour les sorties en rafting. Comme nous avions refusé d’en faire lors de notre trek au Machu Picchu (« il faut bien en laisser pour plus tard » disait M. Roucouldoux deux semaines après le départ), nous avons mis à profit notre passage dans le coin pour découvrir cette activité. Et oui, car aucun de nous n’en avait fait jusque là et il y avait un peu d’appréhension dans les esprits. « Tu crois qu’on n’aura pas trop froid ? Il paraît que l’eau est à 5°C… » dit Mme Roucouldoux à son homme qui ne se baigne jamais dans une eau en dessous de 27°C. « On aura des combis, ça devrait le faire… et puis, il suffit de ne pas tomber à l’eau. » Nous avons malgré tout dû décaler notre sortie du matin à l’après-midi, sur les conseils de l’agence, car nous aurions été les seuls inconscients pour faire trempette dans une eau glaciale.

Après avoir récupéré notre équipement (digne d’une plongée sous-marine, le gilet de sauvetage et le casque remplaçant la bouteille et le masque), notre groupe arriva à côté du bras d’une rivière un peu agitée. Nous étions tout pressés de nous jeter à l’eau ; mais en bons novices que nous étions, M. et Mme R. ainsi qu’un couple de Vénézuéliens eûmes droit au préalable à un cours rapide sur les notions de base du rafting. Autrement dit comment pagayer (pas évident pour Mme R. qui confondait les mouvements pour avancer et reculer, ne comprenant pas forcément les instructions données en espagnol), comment se positionner dans le bateau pneumatique pour ne pas tomber, et que faire en cas de chute (en gros se transformer en « gros tronc d’arbre flottant »).

Forts de ces conseils, nous nous sommes embarqués sur les flots tourbillonnants pour une heure et demie de folie. Passé les premières rapides et les tentatives veines de garder notre combinaison sèche, nous n’avons cessé de pagayer pour affronter les courants et contre-courants de la rivière. Notre guide, tel un capitaine de navire, nous surnomma très vite « l’équipe des tortues », vu la lenteur de nos réactions et de nos gestes à la suite de ses ordres. Malgré tout, ce fut une grande partie de fous rires et nous aurions aimé aller encore plus vite dans les rapides, tant nous étions devenus avides de sensations fortes.

L’ascension folle de Villarrica

Avant d’entamer notre voyage, nous avions prévu de faire au moins une fois un trek dans la Cordillère des Andes et si possible l’ascension d’un volcan enneigé. Nous n’avions pas eu l’occasion de le faire au Pérou et en Bolivie par manque de temps mais aussi à cause de la gêne occasionnée par l’altitude. Mais lorsque nous avons aperçu le volcan Villarrica en arrivant à Pucón, nous savions que nous ne repartirions pas d’ici sans avoir grimpé les pentes de ce sommet. Imaginez une montagne de 2800 mètres environ (en soit pas très haut), coiffée d’un épais manteau blanc et de quelques fumerolles (le volcan est toujours en activité, ce qui pimente l’expédition). Un petit mont Fuji au beau milieu d’une vallée verdoyante. Le temps d’organiser notre sortie avec nos amis Cécile et Aurélien (déjà croisés en Bolivie), qui venaient tout juste de nous rejoindre, nous étions parés pour l’aventure.

Le lendemain matin aux aurores, notre petit groupe encadré de plusieurs guides de montagne partit récupérer notre équipement : combinaison de pompiers, grosses chaussures de randonnée (spécial ampoules), crampons, piolet, casque et luge en plastique, le tout rangé dans un sac à dos qui n’était plus de toute fraîcheur… Nous ne pouvions effectivement utiliser notre propre matériel, trop inadapté pour une telle expédition. Les quelques heures suivantes allaient d’ailleurs rapidement nous le prouver.

Après une demi-heure de voiture à s’approcher des flancs du volcan dans le brouillard, nous pûmes enfin nous dégourdir les jambes et commencer notre ascension au début du parcours de télésièges. Et oui, le volcan Villarrica abrite aussi une petite station de ski pour les aficionados des sports d’hiver.

La grimpette ne semblait pas particulièrement difficile au début, puisque nous marchions dans des scories volcaniques, sur un sentier bien balisé. Mais la suite devint très vite plus corsée : en arrivant sur la partie enneigée du volcan, nous dûmes monter en file indienne, piolet en main en faisant de tout petits pas. En effet, les pentes du sommet étaient de plus en plus raides et les rafales de vent commençaient à se faire sentir. Il faut quand même savoir qu’il y a régulièrement des accidents graves (un magnifique paragraphe du Routard vous met en garde et nous ne l’avions pas lu avant, sinon nous aurions réfléchi à deux fois…) et qu’il ne s’agit aucunement d’une promenade de santé. C’en fut d’ailleurs trop pour Mme R., submergée par l’angoisse de se voir 30 mètres plus bas et incapable de tenir debout face aux redoutables bourrasques de vent à mesure qu’on avançait vers le sommet. L’équipe des Roucouldoux dut donc se séparer, M. R. continuant pour l’honneur du couple (et pour faire des photos à rapporter en souvenir), Mme R. faisant demi-tour pour la survie de la famille. Il aura fallu encore deux bonnes heures de montée avec un vent violent sur le flanc le plus exposé du volcan pour atteindre le point culminant et avoir la gratification d’observer le cratère relâchant des vapeurs de souffre. La redescente fut heureusement plus amusante et décrispa tous les visages un peu tendus, y compris celui de Mme R. : armés de nos luges en plastique, nous avons fait le chemin inverse sur les fesses en trois fois moins de temps, et avec bien plus de plaisir.

Mettre de l’eau dans son vin

Une fois remis de nos émotions, nous avons quitté Pucón pour traverser la vallée de Colchagua et nous rapprocher du sud de Santiago. Cette région est très célèbre au Chili car l’on y cultive les meilleures vignes du pays, issues pour la plupart de cépages français, et reconnues au plan international. Pour la petite histoire, les pieds de vignes français durant la Seconde Guerre mondiale ont été protégés pendant dix ans de tout pillage en étant expatriés sur les coteaux chiliens, qui offraient un climat proche de celui de nos terres. Nous avions prévu de visiter un vignoble à vélo, ce qui permettait de contenter à la fois

M. Roucouldoux (pour le sport, car celui-ci n’aime pas le vin) et Mme (pour la dégustation, sachant qu’elle devrait sans doute boire pour deux). Néanmoins, ayant réservé seulement depuis l’île de Pâques sur Internet notre excursion avec une connexion des plus aléatoires, nous n’étions pas assurés de pouvoir réaliser notre tour. « T’inquiète paupiette », avait dit M. R. pour rassurer Mme, convaincu que le paiement en ligne était passé à temps.

Le jour J, nous sommes donc partis confiants en nous disant que nous aurions de toute façon de la place et moyen de négocier une fois sur les lieux. Arrivés au point de rendez-vous, nous demandons au chauffeur du bus de regarder sur son listing… Or nos noms ne figurent point.

La paupiette s’inquiète.

Heureusement, le chauffeur accepte de nous emmener jusqu’au centre de réservation pour vérifier sur
« le système ». Après moult discussions (moitié espagnol, moitié anglais mais avec toute la bienveillance chilienne), nous réussissons à partir pour la visite de vignoble Santa Rita, heureux de savoir que notre ténacité n’aura pas été vaine.

Une fois sur place, nous sommes équipés de vélos et casques et partons pour une promenade pépère (10 km de plat, point trop n’en faut puisqu’il reste la dégustation derrière) au milieu des coteaux, sous un soleil de plomb. Le paysage est magnifique et notre guide sommelier nous explique l’histoire de ces vignes. Arrive le moment fatidique de la dégustation, tant redoutée par M. R. : va-t-il accepter de goûter les verres proposés, en faisant semblant d’aimer ou avoir l’air un peu ridicule en ne dégustant rien du tout, alors que c’est l’objet de la visite ? Tout cela sous l’œil rieur de Mme R., bien contente de pouvoir enfin boire du bon vin (et qui avait bien préparé son coup), chose qu’elle ne s’était pas autorisée depuis le début du voyage. Eh bien, M. R. a participé fièrement à la dégustation, en testant tous les vins proposés. Verdict : « c’est dommage que ça sente aussi bon et que le goût soit dégueulasse ». Bref, il aurait préféré du jus de raisin… On ne se refait pas !

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