Welcome to the National Parks

Après trois mois passés en Amérique du Sud, nous avons décidé de nous arrêter une quinzaine de jours dans l’ouest américain, avant de changer de continent. À nous les décors de pierre incroyables dispersés entre le Nevada, l’Arizona, l’Utah et la Californie.


Ce road-trip aux États-Unis, nous en rêvions depuis longtemps. La mythique route 66 et ses lignes droites à perte de vue, des canyons rappelant les films de John Wayne, les chambres de motels en bord de route… Eh bien, nous y avons droit et même bien plus encore. Mais reprenons l’histoire au commencement.

Un bon départ

À notre arrivée à Las Vegas, nous nous sommes empressés de récupérer celle qui allait devenir notre meilleure alliée pour toute la durée du séjour : une petite Chrysler flambant neuve (qui l’est moins depuis notre passage dans Monument Valley…) avec un coffre juste assez grand pour accueillir nos sacs à dos. Le temps de prendre en main le véhicule et de brancher le Tomtom (notre 2e meilleur ami), nous voilà partis à la découverte du Névada.

Pourtant, après moins d’une heure de route tranquille, nous avons déjà réussi à attirer l’attention. En effet, M. Roucouldoux apercevant au loin le barrage de Hoover qui nous faisait sortir de la route (ce qui ne plaisait pas du tout au GPS répétant inlassablement « Faites demi-tour dès que possible »), décide de changer de plan et se dirige vers le spot. Malheureusement, le parking est payant et cela ne nous plaît guère. Décidé malgré tout à garder un souvenir du lieu, histoire de ne pas avoir fait un détour en vain, M. R. reprend le volant et à la sortie d’un virage, houspille Mme R. pour que celle-ci sorte vite prendre une photo. Mais trop tard… le temps de rentrer dans la voiture, un autre véhicule fort reconnaissable s’est posté derrière nous, et démarre sirènes hurlantes. Notre premier contact avec l’Amérique est immortalisé en la personne d’un policier pas du tout souriant, affublé d’un beau polo jaune fluo et d’une plaque « Highway patrol ». S’engage alors un dialogue où nous avons joué les touristes frenchies stupides : « Can you read english? » « Yes ». « Have you seen the signs? » « No ». « It says « Danger, rocks falling ». Do you stop in highways in France ? » « No, sorry Sir. » « Rule #1 Never stop on the highway. A picture is not worth your life. » Nous repartons peu fiers de nous, en se disant qu’on commence fort.

Mais ce n’est pas tout. Un peu plus tard sur la route, M. Roucouldoux, tout content d’être au volant de sa nouvelle K2000, inspecte les différents boutons du tableau de bord. Trois petits boutons situés sur le rétroviseur attirent soudain son attention, et il appuie malencontreusement (mais intentionnellement) sur le bouton « SOS » mystère. L’autoradio s’arrête illico, et annonce que nous allons être mis en relation avec le service des urgences. Deuxième dialogue embarrassant : « Blablablabla, how can I help you ? » « Sorry, it was a mistake. » Pour la petite histoire, la farce s’est produite 2 fois durant tout le trajet. Au moins, on est sûr que le bouton fonctionne bien.

Grand Canyon

Après ces quelques événements riches en émotion, nous arrivons à notre premier parc national, celui de Grand Canyon. Nous tombons des nues en voyant à quel point tout est parfaitement organisé à l’intérieur du parc. On se croirait à Disneyland, avec chaque spot bien indiqué, des navettes pour s’y rendre, la boutique de souvenirs. Bref, cela nous change du tourisme à la bolivienne. Avant d’arriver devant le canyon, nous faisons un détour par le musée et le Visitor Center, pour augmenter l’effet de surprise. Puis, nous nous décidons enfin à nous approcher du bord de la falaise (Mme R. retenant par la manche son homme, toujours prêt à vouloir gravir un peu plus les rochers pour faire une meilleure photo). Et là, c’est le choc : c’est un mont, c’est un roc, que dis-je, c’est une faille énorme qui se dévoile sous nos yeux, avec des milliers de canyons à l’intérieur. M. R. lance alors une phrase qu’il ne cessera de répéter à chaque parc visité : « c’est pas que c’est beau, mais c’est bien imité ! ». Profitant d’un banc ensoleillé offrant un joli point de vue sur le canyon, nous prenons notre pique-nique en regardant défiler les gens. En fait, le sentier pavé en question qui s’appelle le « Trail of time » ressemble un peu à la promenade du dimanche, sauf qu’à chaque mètre parcouru, vous remontez d’un million d’années dans le temps. Ce parcours permet de comprendre la formation du canyon. Mais il nous a aussi permis de croiser des gens surprenants : ainsi ce couple promenant leurs deux chats en cage… Nous ne savons toujours pas si c’était pour leur faire prendre l’air et admirer le paysage, ou s’ils avaient prévu de les relâcher quelque part en douce pour chasser des écureuils. Un peu plus tard, nous entendons un bruit étrange de claquettes et de métal. Relevant la tête, nous nous retrouvons nez à nez avec un autre couple tout droit sorti du Texas, avec la panoplie complète du cowboy. Il ne manquait plus que les éperons et le déguisement était parfait. Sans compter les papis et mamies avec des tatouages de métalleux. Bref, nous étions bien aux States.

Monument Valley

Le lendemain, nous reprenons la route en direction d’un nouveau parc qui se trouve cette fois en terre Navajo. Toute la région constitue une réserve indienne et est gérée par un gouvernement indépendant. En chemin sur le trajet, Mme R. lit à son homme une revue récupérée dans le motel la veille qui met en garde les touristes sur les Navajo. En effet, il est fortement déconseillé de les regarder droit dans les yeux, sous peine de les vexer et de faire preuve d’impolitesse. De même, il faut éviter tout contact physique et si jamais on est amené à serrer la main à un Navajo (fort peu probable mais bon…), il faut avoir une poignée de main molle et ne surtout pas démontrer trop de force, sinon ce serait synonyme d’irrespect. Nous voilà donc prévenus.

Une fois sur les lieux, nous nous retrouvons au milieu d’un décor qui a bel et bien servi de lieu de tournage pour les westerns. Des montagnes qu’on croirait avoir dessiné et posé exprès au milieu de nulle part se dressent devant nous, et toutes ont des noms farfelus : Elephant Butte, Merrick Butte, Camel Butte, East Mitten Butte… En gros, les types qui les ont nommés étaient peu/très inspirés (selon la partie du nom qu’on privilégie). Après une vadrouille à pied autour de l’un des immenses rochers (le tour dure en fait bien 3 heures, parce que c’est un grooooos caillou, bien plus loin qu’il n’y paraît), nous reprenons notre voiture pour partir découvrir les multiples points du vue du parc. Et là, c’est le parcours de rallye, sauf que nous n’avons pas la voiture adéquate (le bas de caisse s’en souvient encore). Nous nous arrêtons alors à chaque spot, pour essayer de reconnaître l’endroit : « ça, ce doit être les Three sisters ». « Mais non, maligne, elles sont à droite, là c’est Rain God Mesa ». Au cours d’un énième stop pour photographier un énième caillou, Mme R. en profite pour discuter avec une femme Navajo installée devant son étal à bijoux. Heureusement, Mme R. a ses lunettes de soleil, ce qui lui épargne la question épineuse d’où poser son regard, tandis que l’Indienne la regarde droit dans les yeux. Au cours de la discussion sur la pluie (fort rare par ici) et le beau temps, Mme R. demande quels animaux on peut croiser dans le parc : « coyote, scorpions, rattlesnakes, eagles… ». Que des animaux fort sympathiques. Mme R. est cependant intriguée par les fameux rattlesnakes (serpents à sonnette) et relance le sujet car celle-ci n’en a jamais vu en dehors des zoos. Alors la femme Navajo, étonnée d’une telle réponse, lui rétorque : « What ? You don’t have rattlesnakes in Paris ? ». On pense depuis qu’elle n’a jamais su où se situait réellement Paris…

Antelope Canyon et Horseshoe Bend

Quelques jours plus tard, nous arrivons à Antelope Canyon, toujours situé en territoire Navajo. Pour visiter cet endroit, impossible d’y aller sans guide. Nous attendons patiemment 10h30, l’heure de rendez-vous pour notre groupe. Nous faisons la connaissance de Bryan, aka Magic Mike (?) tandis que nous nous dirigeons vers un autre arrêt pour récupérer le reste des passagers, en retard. Arrive alors une voiture remplie de… Japonais. Et là le désarroi de notre guide commence. Après avoir lancé un tonitruant « Ready to have fun, guys ? » auquel les Roucouldoux s’empressent de répondre, l’engouement retombe immédiatement alors que nous entendons des Japonais peu concernés discuter entre eux à l’arrière. Bryan nous explique que 90% des gens qui viennent visiter Antelope Canyon sont des étrangers et qu’il voit défiler toutes les nationalités. Plus rien ne l’étonne… Notre pick up fait un bon quart d’heure de hors piste pour finalement s’arrêter devant une faille. Nous descendons et pénétrons tout doucement à l’intérieur de l’endroit. C’est un moment magique, où l’on admire les formes impressionnantes de la roche, sculptée par le vent et la pluie. Nous restons muets d’émotion, quand nous entendons derrière nous un concert de « Sugoi !!!! » (« génial » dans la langue d’Eiji Yoshikawa). Magic Mike essaye en vain de faire la conversation avec le reste du groupe pour leur dire d’avancer (il a quelques notions de japonais), mais il reste dépassé par la barrière de la langue. Heureusement, la beauté du canyon fait son effet et sauve la mise. Nous avons malgré tout pu échanger un moment avec le groupe, lors de l’immanquable séance photo dans le canyon. Le « 1, 2, 3 smile » reste universel…


L’après-midi, nous partons en direction d’un autre point de vue célèbre pour sa forme, Horseshoe Bend. Comme Mme R. n’a jamais vu de photo dudit endroit, M. R. décide de lui faire la surprise jusqu’au bout et de la guider les yeux fermés jusqu’au spot. Celle-ci démarre, très confiante en son guide, mais ce dernier voyant que le chemin est en fait bien plus long que prévu, l’autorise à ouvrir les yeux en mettant sa main devant, pour au moins voir le sol (devenu très scabreux). 300 mètres plus loin, il lui faut de nouveau fermer les yeux et ne pas tricher. Mme R. s’accroche d’une main ferme au bras de Monsieur, tendant l’autre main par réflexe en cas de chute. Les touristes tout autour doivent probablement la prendre soit pour une aveugle, soit pour une débile, vu son allure peu naturelle. Elle manque en effet de se fouler la cheville plus d’une fois, M. R. prévenant toujours avec un léger temps de décalage qu’il y a un obstacle ou une marche. Néanmoins, le jeu en vaut la chandelle. Une fois sur le promontoire, lorsqu’on ouvre les yeux, on découvre cela :

Bryce Canyon

Nous quittons progressivement l’Arizona pour passer dans l’Utah et nous dirigeons vers le froid. Et oui, nous avions décidé de voir les parcs hors saison : vive les grands espaces pour nous seuls mais aussi bonjour la neige et le brouillard. En arrivant à Bryce, nous ne savions pas du tout à quoi nous attendre. Nous nous étions dit « encore des cailloux et des failles », l’air un peu blasé. Mais en récupérant la traditionnelle carte et le bulletin d’information du parc (nous avions pris l’habitude dès Grand Canyon), nous nous rendons rapidement compte que ce parc va nous surprendre. À en croire les photos, il y a des sortes de cheminées de fées partout. Nous nous dépêchons de passer voir les rangers pour connaître l’état des routes et le sentier le plus indiqué compte tenu du temps, et filons sur les lieux. À nouveau, M. Roucouldoux s’extasie sur la beauté inimitable du panorama et mitraille le paysage (on a calculé qu’on avait pris plus de 700 photos à ce stade, sachant qu’il restait encore 2 parcs à faire… bonjour le tri !). Entre deux averses, nous en profitons pour descendre dans le canyon et faire une randonnée au beau milieu des cailloux pointus. Cela restera une de nos plus belles marches, avec des cathédrales de pierre dont on se demande encore comment elles tiennent debout, et des sapins torturés qui poussent de travers entre les failles (quand ils ne sont pas foudroyés en été par les violents orages). Nous n’avons malheureusement pas pu explorer le parc jusqu’au bout, victimes d’un brouillard à couper au couteau.

Zion Park

Après une nuit dans un motel qui sentait la transpiration/le savon/le curry (établissement tenu par un Indien… des Indes), nous nous rendons à Zion Park pour une nouvelle balade haute en couleurs. L’automne donne en effet de magnifiques teintes à cette vallée ceinte par d’énormes blocs de pierre gris, oscillant entre le jaune et le rouge. Soudain, alors que nous sortons tout juste du village, nous croisons un cerf qui broute tranquillement à côté d’une borne à incendie, et finit par traverser la route comme si nous n’existions pas. La scène est surréaliste pour nous, simples Réunionnais ! Nous continuons à avancer le long de la rivière qui sillonne le parc, avec Mme R. au taquet pour repérer le moindre animal tapi dans les fourrés. « Là, une famille de bambis !!! », « oh regarde, y’a des dindons des forêts », « là, encore un cerf… bon d’accord, il n’a pas de bois, donc pas besoin de s’arrêter. » Nous n’avons pas eu la chance de voir le lion des montagnes, mais il avait l’air très impressionnant en photo…

Nous finissons par nous arrêter à un point de vue nommé « Weeping Rock » (probablement appelé ainsi à cause d’une cascade), au carrefour de nombreux sentiers de randonnées. Décidés à nous défouler les jambes, nous jetons notre dévolu sur le sentier éponyme et regardons la durée indiquée : une demi-heure, soit trois fois rien pour les bons marcheurs que nous sommes. Regardant rapidement la carte, nous partons bille en tête escalader le flanc d’une montagne qui nous fait face. Le sentier grimpe vite mais cela ne nous décourage pas. Nous arrivons une demi-heure après au point d’observation. « Tu crois que c’est là ? » demande Mme R. « On n’a qu’à continuer encore un peu », rétorque M., voulant prendre plus de hauteur. Nous arrivons alors tout en haut du pic pour avoir une vue époustouflante sur la vallée en contrebas. « Ils se foutent du monde quand ils disent que la rando prend une demi-heure, ça fait déjà 45 minutes qu’on crapahute » dit M. R. Puis nous nous dépêchons de redescendre à la voiture, car il reste encore de la route. « C’est bizarre, quand même, on n’a jamais vu de cascade » fait remarquer Mme R. Monsieur s’approche à nouveau du panneau d’orientation et regarde : « ah, ben en fait, on a pris le mauvais chemin. Weeping Rock, c’était à gauche. Tant pis ».

Death Valley

Si nous avions déjà eu du brouillard à Bryce, cette fois le temps se dégrade sérieusement et toute la suite du parcours se fait sous une pluie battante. Nous continuons malgré tout à nous diriger vers notre dernier parc, Death Valley. La route amenant au parc porte aussi bien son nom : il n’y a rien et c’est le désert absolu. Après quelques heures de voiture, nous faisons une pause à une station essence qui attire inévitablement l’œil à cause de l’enseigne du magasin attenant : « Alien Zone 51 ». Mme R. (qui a désormais pour mission d’aller en repérage pour ravitailler le garde-manger de la voiture, tandis que Monsieur s’occupe de l’essence) court dans le general store, comme attirée par les petits bonhommes verts qui décorent la façade. Elle n’est pas déçue : l’intérieur ressemble à un grand n’importe quoi, avec à la caisse un type chelou habillé en gothique, des rayons de nourriture peu fournis et au fond un énorme stand de goodies spécial « Rencontre du 3e type », entre les serviettes, les mugs, et les tee-shirts. Elle ressort bredouille, tandis que M. R. lui montre l’autre enseigne, tout aussi déconcertante, jouxtant le magasin : « Brothel » (bordel) et « hot girls » écrit en néon rouge. La ville la plus proche étant à 80 km, on imagine que seuls les camionneurs malheureux au jeu peuvent s’arrêter ici pour se satisfaire des fonds de tiroir de Las Vegas.

Nous continuons notre chemin et finissons par trouver un panneau indiquant l’entrée dans le parc de Death Valley. Mais contrairement aux autres parcs, point de fléchage ultra précis ou de ranger nous attendant dans sa guérite pour nous donner toutes les informations nécessaires. Nous nous retrouvons face au néant, à devoir choisir entre partir à gauche ou à droite, le GPS étant de toute manière dans les choux. Après un pile ou face peu judicieux et quelques miles parcourus dans la mauvaise direction, nous faisons demi-tour et prenons la bonne route nous amenant au Visitor Center tant espéré. Nous courrons nous mettre à l’abri et avoir plus de renseignements sur les points de vue à voir dans le parc, même si pour l’instant, nous ne sommes guère séduits par l’endroit, désertique et plutôt hostile. Et là patratra, notre beau programme s’effondre. Les rangers nous expliquent gentiment que sans chaines, nous ne pourrons absolument pas traverser le parc compte tenu de la neige qui tombe depuis plusieurs jours, et nous aurons en prime un magnifique détour de 6 heures pour atteindre notre prochaine étape. M. R. se décompose instantanément (étant le seul conducteur, le choc est rude), Mme R. essaye de voir comment ramasser les pots cassés. « Regarde, on pourra quand même voir sur la route un ou deux points de vue ». « M’en fous, on n’a qu’à fioner et y aller sans les chaines ».

Quelques minutes de réflexion nous seront nécessaires pour faire le point et changer notre fusil d’épaule. Condamnés à revenir sur nos pas, nous décidons malgré tout de passer par « Artist’s drive » pour dire d’avoir vu quelque chose de Death Valley. « Bon, ok c’est joli mais ça ressemble beaucoup à la Bolivie en moins bien ». Définitivement, on n’arrivera pas à tirer quelque chose de positif de cette journée et Death Valley restera un échec cuisant. Nous nous consolons en nous disant qu’au moins, peu de personnes auront vu ce parc comme nous l’avons vu, car il fait plutôt très beau et la température avoisine les 50°C en été, au lieu de 0. Difficile à imaginer !


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