Si Chiloé m’était conté

Sur une terrasse à Santiago, en tenue décontractée, Mme Roucouldoux nous livre en exclusivité pour la revue Voyages & Mascara son escapade à Chiloé. Au programme : un grand bol d’air frais et l’authenticité garantie.

Chiloé, c’est cet archipel isolé au sud du port de Puerto Montt, aux portes de la Patagonie. Pour y aller, la meilleure option est de prendre un bateau qui vous fera découvrir la côte découpée de la grande île.

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Voyages & Mascara : Quand on pense à Chiloé, on imagine ses églises colorées inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco… Qu’est-ce qui vous a poussé à aller sur cette île ? 

Mme Roucouldoux : C’est vrai que les quelques photos des célèbres églises dans les guides de voyage nous ont tenté, mais notre principale motivation était l’envie de changer d’air, après les montagnes enneigées d’Ushuaïa. L’idée de pouvoir facilement rayonner dans l’île sans avoir d’immenses distances à parcourir comme en Argentine était aussi attrayante.

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V&M. : Quelles ont été vos premières impressions en arrivant à Chiloé ? 

Mme R. : J’ai tout de suite été séduite par l’atmosphère qui régnait sur cette île. Avant même d’arriver à Ancud, le point de chute au nord, notre petit bus qui s’arrêtait régulièrement pour prendre des Chilotes souriants avançait paisiblement, nous laissant découvrir des plaines verdoyantes recouvertes de genêts en fleur (le mois d’octobre est idéal pour admirer les couleurs printanières), quelques fermes avec des vaches dispersées aux alentours, et la mer scintillant à l’horizon. Un petit coin de paradis…

V&M. : Et quel accueil vous ont réservé les habitants de l’île ? 

Mme R. : Vous savez, les Chilotes (et les Chiliens de manière générale) sont des gens fort sympathiques. Nous avons été agréablement surpris par l’hospitalité locale et la simplicité des échanges. Au détour d’une promenade dans un quartier résidentiel d’Ancud, nous avons été abordés par un charmant lycéen qui sortait de cours. Engageant la conversation à bâtons rompus, celui-ci nous explique qu’il aime demander à chaque étranger qu’il croise une phrase dans sa langue. Après lui avoir appris
« Aimerais-tu manger avec moi ? » (ndlr : sans doute pour courtiser la prochaine Française de passage), Marcelo nous amène chez lui, en fredonnant un air de la chanteuse Zaz qu’il a rencontrée un jour en ville, et nous offre deux bananes pour la route. Une rencontre authentique à l’image de cette île.

V&M. : Quel circuit recommanderiez-vous à nos lectrices pour parcourir Chiloé ? 

Mme R. : En ce qui nous concerne, nous avons uniquement circulé en bus. Ce mode de déplacement économique permet d’aller un peu partout dans l’île principale et les îles voisines (Quinchao par exemple). Ceci dit, une voiture permet effectivement de se déplacer plus librement et d’explorer des coins plus reculés, car toutes les églises ne sont pas forcément faciles d’accès. De notre côté, nous avons passé un jour à Ancud, puis nous sommes partis plus au sud sur Castro, Dalcahue et enfin Achao. En trois ou quatre jours, vous avez déjà un bon aperçu de la région.

V&M. : Un coup de cœur ?

Mme R. : J’ai adoré les tuiles en bois d’alerce qui recouvrent la façade des maisons typiques. C’est un carnaval de couleurs et de formes, où chaque habitant tente de remporter la palme de l’originalité. Nous nous sommes amusés à en photographier plusieurs, en particulier à Ancud. Ces maisons n’ont d’ailleurs rien à envier aux églises.

V&M. : Parlons justement de ces églises. Qu’ont-elles de spécial ?

Mme R. : Les quelques églises que nous avons eu la chance de visiter (beaucoup sont malheureusement peu accessibles sur la journée, ou en restauration) sont souvent recouvertes des fameuses tuiles, et arborent des couleurs chatoyantes. Ainsi l’église de Castro, qui se dresse fièrement sur la place centrale. Mais notre préférée reste celle d’Achao, dont l’intérieur entièrement boisé et peint de différentes tonalités de bleu vaut les retables dorés de l’art baroque. On parle même d’« école de Chiloé », tant l’architecture de ces églises, héritée du plan des églises missionnaires jésuites, est unique en son genre.

V&M. : Avez-vous pu profiter des plages ensoleillées de l’île ? 

Mme R. : Effectivement, l’île principale offre de jolies criques abritées des regards des promeneurs. Mais il ne faut pas s’imaginer les Caraïbes pour autant. Le golf d’Ancud est particulièrement froid pour daigner y faire trempette, et le soleil n’est pas toujours au rendez-vous. En revanche, le littoral de Castro permet de faire une jolie balade à marée basse (attention cependant à ne pas vous laisser surprendre par la montée des eaux), sous les pilotis des palafitos. Si vous allez un peu plus à l’est en bateau, vous pouvez également vous adonner aux joies du safari photo en observant des colonies de pingouins de Magellan.

V&M. : Avez-vous un conseil minceur pour garder la ligne sur Chiloé ?

Mme R. : N’étant pas adepte du footing matinal, j’en ai plutôt profité pour faire le plein d’iode en goûtant aux nombreux fruits de mer dont regorge l’île. Oursins, huîtres, amandes, moules, soupe de poissons, il y en a pour tous les goûts. Nous avons même pu assister à Achao à la fête annuelle des crustacés, où tout le village s’était réuni pour l’occasion. L’instant d’émotion culinaire fut la découverte de la spécialité locale, le curanto (parfait pour les gourmandes comme moi, qui n’aiment pas se priver même en période de régime). Imaginez au milieu d’une cour à même le sol un immense tas de braises, sur lesquelles on entrepose des fruits de mer, diverses variétés de pommes de terre, du lard, de la saucisse et du poulet. Le tout cuit pendant deux heures à l’étouffée sous des feuilles de rhubarbe géante. Hum, ce plat terre-mer est un délice !

V&M. : Une anecdote cocasse à nous livrer en exclusivité ?

Mme R. : Oh oui, c’était justement avant de quitter Achao. Pour faire passer le temps en attendant le bus, nous nous promenions dans les ruelles du village quand tout à coup, Dame Nature vint me rappeler à l’ordre. Ne voyant point d’autre solution pour me soulager que le pré au bout d’une impasse, je sors discrètement de l’allée tandis que mon homme fait le gué. Soudain sort de la dernière maison de la rue un père et son petit garçon, qui entament la discussion avec M. R., le croyant perdu. Il n’a pas fallu plus d’une minute pour que le gentil voisin m’aperçoive (ndlr : elle éclate de rire), et m’offre l’hospitalité de ses toilettes pour me sortir de cette situation délicate.

V&M. : Une dernière question : quel est votre secret de beauté pour rester naturelle même en voyage ?

Mme R. : Je n’ai pas grand-chose dans ma trousse de toilette de globetrotteuse. Je profite donc en général des moyens du bord et des méthodes locales. Sur Chiloé, j’ai pu tester la douceur de la vase ramassée au pied des palafitos. Résultat : passées les cinq minutes d’odeur nauséabonde, ma peau est devenue lisse comme une peau de bébé. Un trait d’eye-liner et de mascara dessus, et me voilà plus féminine que jamais pour repartir à l’aventure.

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